Histoire du Monastère

Nous vous partageons trois périodes de notre histoire communautaire : 

- les origines depuis Sainte Claire grâce à un manuscrit du 17ème siècle.

- la refondation de notre monastère en 1933 par les soeurs de Nantes, après la rupture de la Révolution Française. 

- le transfert de Tinqueux à Cormontreuil en 2000. 

 

Les origines depuis sainte Claire selon un manuscrit

Article de Pierre Moracchini, historien attaché à la bibliothèque franciscaine des Capucins, Paris.

UN UNIQUE MANUSCRIT POUR RELIRE SON HISTOIRE

« 1220 : Reims, première fondation des clarisses en France, selon la tradition ». En général, les historiens ne s’aventurent guère au-delà. Ainsi, les publications scientifiques qui ont marqué le huitième centenaire de la naissance de sainte Claire, comme le Colloque Sainte Claire d’Assise et sa postérité (Unesco, 1994), ont quasiment passé sous silence l’histoire de ce monastère. Comment expliquer un tel mutisme de la part de la communauté historienne ? Faut-il renoncer à écrire l’histoire du monastère de Reims ? Tentons de répondre brièvement à ces deux questions.
Pierre MoracchiniEn 1645, le chapitre général des Frères mineurs réuni à Tolède décide de relancer les études historiques concernant les différentes provinces de l’Ordre. Il est demandé à tous les ministres provinciaux de faire réaliser des mémoires sur les différents couvents et monastères de leur province. Dans le même temps, les historiographes du roi de France procèdent à une vaste enquête dans le royaume afin de constituer la Gallia Christiana. C’est pourquoi, dans les années 1650-1660, on voit fleurir des mémoires historiques, plus ou moins fournis, imprimés ou manuscrits, concernant notamment les communautés féminines. Les clarisses de Reims n’échappent pas à ces investigations : en 1651, sœur Anne Clément, maîtresse des novices et secrétaire du couvent, écrit « un petit mémoire des noms des abbesses qui avaient été en notre monastère depuis le temps de notre établissement jusques à présent ». Ce récit, poursuivi par d’autres mains jusqu’en 1663, est parvenu jusqu’à nous sous la forme d’un petit volume manuscrit, conservé dans les archives de l’actuel monastère de Cormontreuil. En voici le titre : « Remarques de l’établissement du monastère de Sainte Claire de Reims, tirées des Tombes et monuments des sépultures qui sont dans l’église, le cloître et le chapitre, comme aussi des vieux registres en parchemin qui sont dans ses archives ».
C’est grâce à cette source que nous connaissons la belle histoire de la fondation du monastère : l’archevêque de Reims, Albéric, de retour du concile de Latran (1215), visite Saint-Damien et demande à sainte Claire d’envoyer de ses filles en France. En 1219, une certaine sœur Marie de Braye quitte Assise et elle est reçue l’année suivante à Reims par le successeur d’Albéric, Guillaume de Joinville. Celui-ci lui accorde la permission de bâtir un monastère dans sa ville et fournit même le lieu d’implantation, un petit cimetière sur la paroisse Saint-Denis. La fondation fait souche rapidement tout en maintenant des liens étroits avec sainte Claire : « Sœur Marie de Braye voyant que Dieu bénissait de jour à autre son petit travail, et que le nombre de filles augmentait, en voulut donner avis à sa Bienheureuse Mère sainte Claire qu’elle chérissait aussi bien absente que présente, l’honorant comme son abbesse et supérieure, lui en écrivant avec une très humble supplication de les vouloir toutes accepter pour ses filles, qui toutes la saluaient et se prosternaient à ses pieds, lui protestant obéissance et soumission, comme à leur chère mère abbesse et supérieure, en la personne de sœur Marie de Braye sa vicaire, qui tenait son lieu en leur petit monastère de Reims ». Et ce n’est qu’après la mort de Marie de Braye (1230), que, sur les conseils de sainte Claire et du ministre général de l’Ordre, est élue la première abbesse « des pauvres sœurs de Saint-Damien de Reims ». Le 20 novembre 1237, l’archevêque de Reims consacre la petite église du monastère et la dédie à sainte Elisabeth, laquelle vient d’être canonisée (1235).
BouquetAvouons-le : l’historien est bien embarrassé à la lecture de ce récit des origines. Hormis quelques points délicats (l’origine de Marie de Braye), ce texte ne manque pas de vraisemblance ; mais ce qui pose problème, c’est l’absence d’autres sources permettant de recouper les informations fournies par sœur Anne Clément. S’agissant de très anciens monastères (sainte Engracia de Pampelune), des Bulles pontificales permettent souvent d’encadrer avec précision une date de fondation. Ce n’est malheureusement pas le cas pour Reims. De même, une célèbre lettre du cardinal Raynald, datée de 1228 et adressée aux clarisses, désigne nommément vingt-quatre monastères, mais pas celui de Reims. Mais ces difficultés ne signifient pas pour autant que notre récit soit une pure fiction.
A lui seul, le manuscrit ne permet pas de se prononcer de manière catégorique sur l’antiquité du monastère. Mais sur bien d’autres points, il fournit une information précieuse et fiable. Un exemple : en 1400, le dortoir prend feu, en pleine nuit. Une sœur trouve la mort et l’église est entièrement détruite. Il faut donc reconstruire. Et, précise notre manuscrit, l’abbesse « fit transporter toutes les tombes de la première Eglise en cette seconde qui fut changée de place, dans le chœur des religieuses ». Or les archéologues qui ont procédé à des fouilles à l’emplacement du monastère (aujourd’hui le Conservatoire National de Musique et de Danse), et qui n’ont pas eu connaissance du texte de sœur Anne Clément, aboutissent exactement à la même conclusion : n’ayant retrouvé aucune trace de l’incendie dans la surface fouillée, ils estiment que l’établissement originel s’étendait probablement plus au nord, voire à un autre emplacement. C’est une intéressante confirmation de la fiabilité de notre source.
L’histoire du monastère de Reims peut donc légitimement être étudiée à partir de cet unique manuscrit. Dans bien des domaines, il peut répondre à nos questions : la vie matérielle du monastère, l’état des bâtiments, les relations avec les cordeliers de la province de France, les liens avec d’autres communautés de clarisses, mais aussi la vie de prière et l’évolution des spiritualités. Mieux encore, ce document, qui à première vue se présente comme une galerie d’abbesses, donne à apercevoir d’autres visages de moniales, dont certains sont très attachants : voici par exemple, sœur Isabelle Lesgotte, atteinte de la lèpre dans les années 1420-1430. Afin d’éviter la contagion, on décide de l’éloigner de la communauté. La veille de son départ, elle demande une faveur à l’abbesse : « Que pour la dernière nuit qu’elle avait encore à demeurer avec ses bonnes sœurs, elle lui permit d’être jusques à matines en oraison devant le Saint-Sacrement, et qu’on lui descendit la sainte Face de Notre Seigneur – une icône vénérée au monastère. Après, cette pauvre affligée s’adressa à Notre Seigneur avec une tendresse extraordinaire, lui montrant la misère où elle était réduite, le conjurant par la vertu de sa Face sacrée de lui ôter cette maladie ». S’apercevant alors qu’elle est guérie, la sœur court vers sa supérieure en pleine nuit, laquelle, passé le premier moment de surprise, réveille toute la communauté et fait entonner un Te Deum. Puissent les actuelles sœurs de Cormontreuil entrer en dialogue, par delà les siècles, avec ces filles de sainte Claire qui les ont précédées.

Pierre Moracchini

 

La refondation de notre monastère en 1933 par les soeurs de Nantes

Exposé de soeur Elisabeth en mars 2012Soeur Elisabeth

"Voilà que je vais faire du neuf qui déjà bourgeonne, ne le voyez vous pas ?" C’est peut-être cette parole de Dieu en Isaïe 43 qui illustre le mieux cette courte période de l’histoire du retour des clarisses à Reims de 1933 à aujourd'hui.

I ) Madame de La Valette

Madame de La ValetteSon mari semble bien compter dans ses ancêtres le célèbre Maître des chevaliers de l’Ordre de Malte qui défendit victorieusement contre les Turcs la petite île de Malte. Sans doute aussi le fameux Comte, qui aux ordres de Napoléon 1er créa les courriers rapides par relais sur longues distances. Incarcéré en 1815 à la Conciergerie, suite à une correspondance suspecte avec Napoléon exilé, il est condamné à mort, mais il s’évade déguisé en femme et sera gracié par Louis XVIII. Il meurt en 1830.

Dans le couple, il semble pourtant bien que c’est Madame qui «porte la culotte».

Ils n’ont pas d’enfant : la Comtesse pour se consoler, se donne à des œuvres d’Eglise. En 1919, elle a fondé à Tours, l’œuvre des petits clercs de Saint Martin, consacrée à recevoir des enfants qui se destinent à la prêtrise, mais dont les parents ne peuvent financer la pension au séminaire. Elle y met une partie de sa fortune, mais aussi la main à la pâte, allant volontiers aider pour la lessive et le repassage. L’œuvre est dirigée par le Chanoine Rutard. C’est une femme de foi, qui croit en la force de la prière. Elle pense qu’il faut procurer aux petits clercs une aide spirituelle ; elle s’en ouvre à un capucin, le Père Abel, en lui confiant son désir de fonder un couvent clarisses. Assez réticent, le Père lui demande où elle verrait ce monastère ? Elle répond Reims, là où arrivèrent les premières clarisses du temps de Sainte Claire.

Le Cardinal Luçon, évêque de Reims, sollicité, n’entre pas dans les vues de la Comtesse.

Soeur Marie du Sacré CoeurElle ne s’avoue pas vaincue, se tourne vers Mgr Suhard pour fonder à Lisieux, car elle avait une lointaine parenté avec la mère de la petite Thérèse et l’aimait beaucoup. Le Cardinal Suhard est ravi et accepte. Sur ces entrefaites, le Cardinal Luçon décède et Mgr Suhard est nommé à Reims. Il est donc OK pour y accueillir des clarisses. Et voilà comment le désir d’une habitante de Tours, est à l’origine du retour des clarisses. Mais qui acceptera de fonder ?? Plusieurs communautés de clarisses refusent.

L’abbesse de Nantes, Mère Marie du Sacré Cœur accepte. A-t-elle procédé à un long discernement ?? Elle a dû consulter son Conseil, peut-être aussi le chapitre des capitulantes. Mais les sœurs sont galvanisées par cette femme que rien n’arrête, elle le montrera pendant la guerre en poursuivant ses visites à Reims mais aussi à Perpignan et à Montbrison, monastères aidés par Nantes, et cela au prix de grosses difficultés et quelques dangers, puisqu’elle changeait de zone et procédait sous une fausse identité et en cachette des allemands bien sûr.

Le 28 janvier 1933, la communauté est mise au courant et dès le 2 février, l’abbesse part avec sa vicaire en reconnaissance à Reims. Déception !! La maison achetée, par la Comtesse, rue Brûlée, en pleine ville, ne répond pas du tout aux critères de fondation d’une communauté contemplative. Que faire ? Or, à Reims, se trouvent déjà les frères capucins !

Ermitage des frères CapucinsLes Capucins doivent en grande partie leur introduction en France au Cardinal Charles de Lorraine, Archevêque de Reims ! Ils sont à Reims depuis 400 ans avec des hauts et des bas, mais grâce à eux le Tiers Ordre est extrêmement vivant Ils sont expulsés en 1903. Le tiers Ordre, prend le relais. Ils réapparaissent après la Grande Guerre en 1922. On les trouve à Tinqueux où ils ont créé un Couvent à partir de 2 ou 3 maisons particulières. C’est ce couvent, qu’ils proposent d’échanger avec la maison rue Brûlée achetée par madame de La Valette, afin de faciliter leur apostolat. La Mère Abbesse y voit un signe de Dieu.

II ) Trente années difficiles Unies à la Passion du Christ

Pont de Vesle détruit à Reims9000 immeubles, 14 écoles, 2 hôpitaux, 80 bâtiments industriels, tous les bâtiments administratifs, les canalisations et les égouts, les ponts, le chemin de fer ... en 1926, Reims la cité martyre de la guerre 14-18 a tout reconstruit ! octobre 1929 : effondrement des cours de la bourse à Wall Street ! La France va peu à peu entrer dans la crise mondiale. On attend la reprise, elle ne viendra pas. La production dans le pays diminue de moitié, partout c’est faillite, des centaines de milliers de chômeurs, puis la dévaluation, etc ... L’Allemagne réarme dès 1934.

Les 1éres sœurs arrivent le 5 juin 1933 dans l’ermitage laissé par les capucins. Quand les capucins quittent les 7 sœurs le soir après les avoir accueillies, elles sont dans une maison vide, sans aucun bagage, car rien n’est arrivé. Elles vont dormir dans leur manteau, joyeuses de vivre la joie parfaite. Tout le matériel trouvé sur place est percé. Signe prophétique de ce qui les attend ! Heureusement les communautés religieuses de Reims vont venir à leur secours avec beaucoup de charité.

Le 26 juin arrivent encore 6 sœurs, puis 2 autres en juillet. En septembre, de nouveau 5 sœurs. Dans le jardin se trouve la reproduction exacte de la chapelle de la Portioncule d’Assise, construite par le Tiers Ordre en 1929, où les sœurs iront célébrer, après avoir dûment restauré la clôture. L’Evêque vient officiellement inaugurer la naissance du nouveau monastère le 8 septembre.

chapelle de la PortionculeEn 1934, une bande de terrain est achetée, une autre parcelle est donnée, ainsi pourront commencer les constructions du futur monastère. L’architecte choisi ne sait pas construire petit. C’est un professeur qui, lorsqu’on lui demande une chapelle de village élève une basilique. L’abbesse n’étant pas sur place donne le feu vert et la construction démarre, belle mais démesurée au regard des besoins des sœurs et du contexte économique.

Les conditions de la vie des sœurs s’avèrent difficiles. Les nantaises ne sont pas habituées à un climat sévère que la rigueur des pénitences, dont l’absence de chauffage, accentuent. Beaucoup tombent malades et repartent. De plus, d’autres monastères en difficulté faisant appel à Nantes, des sœurs sont retirées de Reims pour partir aider.

Difficile de faire communauté, sans abbesse sur place, avec de nouveaux visages qui se succèdent. Peut-être par souci excessif d’obéir à la lettre aux us et coutumes, à une conception de la vie religieuse marquée par le jansénisme, aux lois rigides du jeûne, de la veille, des pénitences physiques, peut-être pour satisfaire une autorité lointaine qui pourrait mal interpréter des adoucissements apportés, peut-être par manque de personnalités affirmées, mais aussi parce qu’il va falloir économiser de quoi payer la suite des constructions ( le don de Madame de Lavalette n’a réglé qu’une aile du futur monastère ), en tout cas la communauté traverse avec abnégation une période d’épreuve interne que le contexte extérieur social et politique renforce.

En 1937, les annales comment ainsi : «l’année nouvelle s’annonce tristement : grève, chômage, pour le monde, une catastrophe semble imminente.»

En 1938, l’abbesse de Nantes vient pour faire consolider le souterrain et munir la communauté de masques à gaz. L’hiver est rigoureux, les sœurs sans chauffage voient les murs se couvrir de givre, ainsi que leurs couvertures.

Première aile du monastère1939 : Dans le jardin en février, des piquets marquent l’emplacement du futur monastère. Au printemps, les travaux ont commencé. Le 12 juin, le Cardinal vient bénir la première pierre.

Septembre : déclaration de guerre et annonce de la mobilisation. Pendant quelques mois, c’est la drôle de guerre. On est au courant de rien. Les sœurs aménagent le souterrain, confectionnent des masques à gaz, peignent les vitres en bleu. Pendant certaines alertes, elles couchent ensemble à la salle de communauté.

Mai 1940, c’est l’invasion : 60 000 rémois quittent la ville. l’Evêque donne l’ordre d’évacuation des sœurs contemplatives. L’exode se fera au gré des circonstances, à pieds ou en voiture, en fuyant les bombardements. Tours, le Mans, Laval. Les sœurs arrivent épuisées à Nantes, y restent 2 mois, et comme le danger est aussi grand à Nantes qu’à Reims, c’est le retour long et difficile, les allemands sont partout. L’ermitage a été pillé. Seules les pommes de terre plantées avant de partir ont échappé aux allemands et les poules se sont sauvées dans le jardin. Mais bientôt, il sera interdit de les manger et tous les œufs devront être donnés aux allemands. Restriction, interdictions, censure, couvre-feu. Les sœurs partagent le sort de la population. Des jocistes viennent encore pour une journée de réunion, on leur sert du bouillon, c’est tout ce qu’il y a. Un peu partout autour de Reims, les sœurs quêteuses croisent des prisonniers menés au travail par des soldats allemands. Comme le reste de la population, elles ont des cartes d’alimentation.

En 1941, on leur fait don d’une vache, et elles vont pouvoir donner du lait aux séminaristes qui de leur côté viennent travailler le jardin.

1942 : l’hiver est des plus rigoureux, la maison délabrée ne résiste plus à la neige, les sœurs vont horriblement souffrir du froid. Elles offrent leur souffrance pour la patrie et pour la fondation. Elles mentionnent toutefois la cuisson des hosties pour tout le diocèse, quand il est possible d’avoir du gaz. 28 février, les sœurs écrivent : «trop nombreux sont ceux qui trahissent, pour nous nous voulons nous rallier au Général De Gaulle».

Les sœurs envoient de l’aide aux clarisses de Paris en grande nécessité. Grâce à leur jardin, elles aident aussi des familles pauvres. L’abbesse vient de Nantes pour les visiter autant qu’elle peut, et pour surveiller les constructions. Le monastère a fa illi être réquisitionné pour une prison, mais, par chance, il manquait encore des portes et des fenêtres ! L’Archevêque vient aussi célébrer pour des grandes occasions.

Entrée de la chapelle1943 : les sœurs sont enfin dans leur monastère, du moins, la première aile, construite on ne sait comment car les matériaux sont très difficiles à trouver et à acheminer ... Et il n’y a pas de chapelle. A Tinqueux, la famille juive Schwartzmann avec 13 enfants est arrêtée. Les sœurs n’en parlent pas dans les annales. L’ont-elles su ?? Seules, les 2 ainées reviendront des camps.

1944 : Vu le manque de locomotion et les nombreuses alertes, les Pères capucins ne viennent pas célébrer comme habituellement la fête de la Portioncule, c’était une fête célébrée toujours très solennellement avec toute la famille franciscaine, soit 200 ou 300 personnes.

Le 29 août, la Champagne est libérée ! Mais les allemands avant de partir vont faire sauter tous les ponts, réponse à tous les sabotages que les résistants n’ont pas manqué de faire malgré les menaces de prison, de torture et de mort. Il va falloir reconstruire de nouveau la ville, se reconstruire, car le vécu laisse des traces. Pendant 5 années le monastère lui aussi continue de se construire, les annales devenant silencieuses laissent pressentir des difficultés de tous ordres. En 1948, Odile Matthieu de Bezannes se présente comme postulante, on l’envoie se former au monastère de Nantes.

En 1952 a lieu la bénédiction de la première pierre de la chapelle, déjà bien commencée. La vie religieuse s’organise, la formation permanente apparaît.

En 1954, les salles sous la chapelle commencent à accueillir de très nombreux groupes d’Eglise. Cinq cents tertiaires participent aux cérémonies des fêtes de la Portioncule. L’ermitage est transformé en maison de retraite. Madeleine Prieur de l’Aube entre comme postulante.

En 1955, la chapelle est consacrée.

L’année suivante, arrive un auxiliaire pour l’Evêque auquel la communauté devra beaucoup ... Monseigneur Béjot

III ) Monseigneur Bejot

Monseigneur BejotIl est né à Besançon en 1896, il a donc 60 ans. Il y a 40 ans, il a fait un diplôme d’ingénieur à l’Ecole Centrale à Paris, mais surtout il a fait du patronage au quartier Mouffetard et c’est là qu’est né son désir d’être prêtre. Au séminaire d’Issy les Moulineaux, il a connu le Père Guérin, fondateur de la JOC en France.

Devenu prêtre, vicaire dans une paroisse populaire, il se met à l’école de la JOC. «voir, juger, agir». Il est émerveillé du travail de l’Esprit et entre dans une confiance qui ne se démentira jamais vis à vis des jeunes travailleurs et vis à vis aussi de l’action catholique dans tous les milieux. Sous-directeur des œuvres diocésaines, il est un ardent défenseur du laïcat d’Action Catholique.

En 1943, il est vicaire général, un article dans « Masses ouvrières » lui vaut des ennuis avec le Saint Office ! Evêque auxiliaire en 1947, il le restera toute sa vie !

En 1955, il est envoyé comme auxiliaire de Mgr Marmottin Quand Mgr Marty lui succèdera, ils vont s’entendre à merveille, le Père Marty s’appuie sur son expérience, ainsi que les Evêques successifs de Reims.

De 1962 à 1965, il vit passionnément le Concile Vatican II, et après les sessions à Rome, il vient voir les clarisses pour raconter et surtout communiquer une part de son enthousiasme en voyant le passage de l’Eglise pyramidale à l’Eglise peuple de Dieu ! Il voit là aussi l’Esprit à l’œuvre dans l’adoption de certains textes.

En 1971, il a 75 ans, les clarisses lui proposent un petit studio dans une maison de la propriété et elles vont ainsi profiter au quotidien de tout son dynamisme, son expérience, son ouverture, car ses relations sont avec tous les milieux et il accompagne aussi bien les prêtres ouvriers que le conseil épiscopal, que des religieuses que des anciens d’Ecole Centrale, et accueille la nouvelle Calédonie en visite, ou le Dahomey, etc ... Il va succéder au Père Guérin au Pavillon du Lac à Lourdes. Il nous rend conscientes de la richesse des groupes d’Eglise qui se succèdent à l’hôtellerie et nous aide à relire ce que nous recevons d’eux. Il est présent aux groupes au moment des repas avec beaucoup de bonheur, regardant toujours positivement leurs réflexions. Ses homélies sont celles d’un amoureux de l’Eglise, d’un croyant enthousiasmé par les initiatives de l’Esprit. Il est d’avance rempli de bienveillance pour toute recherche destinée à annoncer la Bonne Nouvelle aux hommes d’aujourd’hui. Il a été nommé supérieur de la communauté, délégué de l’Evêque. Il nous communique quelque chose de sa jeunesse d’esprit qui nous renvoie à la fraîcheur de l’Eglise primitive.

En 1960 était arrivé comme Evêque de Reims, Mgr Marty. Lui aussi va marquer la communauté pendant 8 ans, par sa liberté de croyant enraciné dans un terroir, son bon sens paysan, sa foi solide, sa fermeté pour faire passer les orientations conciliaires.

Monseigneur François MARTYIV) Mgr François Marty

Il est né en 1904, dans le Rouergue. Ses parents ont une ferme de 22ha dont 7 cultivés et 8 vaches. Cette ferme est pour lui comme un port d’attache. Il y revient à chaque événement important dans sa vie, comme s’il retrouvait auprès de ses racines la force pour poursuivre la route. C’est à Lourdes qu’il décide d’être prêtre. Après son ordination, il soutient une thèse sur clergé et modernisme. «L’avenir de l’humanité appartient à ceux qui croient en la liberté et à la puissance de l’Esprit». Il aide les juifs comme curé pendant la guerre. A 48 ans il est Evêque de Saint Flour, attentif à la souffrance des ruraux, et des ouvriers du barrage de Grandual. Il participe aux préparatifs du Concile.

Il est nommé à Reims en 1960.

A sa visite au monastère, la toute jeune Abbesse soucieuse de bien faire les choses met son manteau de chœur en bure et s’agenouille dés qu’il franchit la porte de clôture. Il lui sert la main et s’exclame avec son accent rocailleux : «vous partez en voyage ma Mère ?» Quand elle lui demande la permission de faire «porte ouverte», il lui répond : «ma Mère, si vous me demandez, je devrai dire non, alors, faites et informez-moi !». Il apporte à la communauté une impulsion de vraie liberté pour mieux vivre sa mission dans le monde d’aujourd’hui. Il va aider l’abbesse d’alors à quitter l’avant Concile pour adopter franchement les réformes nécessaires. Il en faudra peu pour qu’elle comprenne qu’elle a les coudées libres pour avancer. Il s’agit de Sr Marie de Gethsémani.

V) Soeur Marie de Gethsemani

Soeur Marie VéroniqueJeanne Herly est née en 1923 en Sarre qui à l’époque était confiée à la Société des Nations avant de revenir à l’Allemagne. Son père était diplomate. Elle fait 3 licences universitaires, travaille à la BNP, est aussi une pianiste brillante. Surtout elle entre dans la résistance pendant la guerre.

Elle décide de donner sa vie à Dieu et entre chez les petites sœurs de Foucauld alors en pleine expansion. Mais l’appel à aller chez les clarisses, mis en veilleuse, revient en force, et elle entre à Nantes en 1953. 10 ans après, elle est envoyée à Reims en remplacement de l’Abbesse qui a démissionnée. Les sœurs l’élisent quelques mois après son arrivée.

Elle a 40 ans, c’est une fonceuse qui met en œuvre aussitôt ce qu’elle a compris. Or, Vatican II appelle la vie religieuse à un aggiornamento. Elle va obéir vigoureusement. En même temps qu’elle secoue toute la communauté, c’est une femme extraordinairement humaine. Avec l’Assistant de la Fédération et les monastères de Nantes, Montbrison et Perpignan, elle revoie les usages en communauté. Elle met fin aux travaux de construction et la 4éme aile ne verra jamais le jour. Elle raccourcit le chœur des moniales. Elle lance la réforme liturgique, la communauté va petit à petit passer au français et adopter résolument les nouveaux rituels, quitte à en créer s’il y a un vide. Devenue secrétaire de la Fédération qui se met en place, elle visite les communautés avec la Présidente, capte les bonnes idées. Elle refait un coutumier qui met moins l’accent sur l’esprit pénitentiel que sur l’aspect relationnel de la vie communautaire. A la chapelle, elle cherche une disposition qui favorise la participation des laïcs et supprime les marches de l’autel. Au chœur, elle va enlever les stalles, et pour la Messe, dés qu’un Evêque de passage déplore de n’avoir pu faire un partage d’Evangile avec les sœurs, la communauté prend place autour de l’autel. A l’occasion du 750ème anniversaire de l’arrivée des premières clarisses à Reims, elle s’efforce de relancer une fraternité séculière.

Fondation d'AbidjanEn 1972, Rome demande aux communautés contemplatives d’exercer un véritable travail rémunéré pour payer les cotisations sociales. Qu’à cela ne tienne, elle se met en quête de travaux possibles et la communauté va faire des locations d’aubes de profession de foi, puis des finitions de pulls, puis des calots de chirurgien, puis des robinets de chasse d’eau, des pliages de feuilles pour les douanes, des boîtes de parfum, de dragées, j’en passe et des meilleures. Peu à peu les machines vont faire tout cela dans les entreprises, et il va falloir s’orienter vers le travail pour le culte ou l’artisanat. Des jeunes demandent à entrer : elle est à l’écoute de leur vécu de jeunes et saura offrir des lieux de partages de vie, de partages d’Evangile, de formation théologique et doctrinal, de rencontres avec les acteurs de la mission d’Eglise diocésaine ou de la mission dans le monde.

En 1968 elle est sollicitée par le monastère d’Azille pour participer à une fondation au Zaïre, l’actuel Congo démocratique. Elle renoue donc avec l’Afrique, connue au temps des missions diplomatiques du Papa. Un long voyage est programmé pour créer des liens, y compris avec les autres communautés monastiques dans d’autres pays. Elle saisit tout de suite l’importance de l’inculturation, dans la liturgie, les repas, la détente, l’accueil, la vie communautaire, le lien aux familles. Quelques jeunes africaines, envoyées en formation à Azille, préfèrent venir à Reims. C’est le début d’une aventure d’amour avec l’Afrique, qui nous conduit finalement à fonder nous-mêmes en Côte d’Ivoire, à Abidjan, en 1975. C’est là qu’elle prendra le nom de Sr Marie Véronique.

VI) La communauté poursuit son chemin dans les lignes tracées après le Concile

La communauté poursuit une recherche d’une Liturgie en adéquation avec notre vie fraternelle et la vie de l’Eglise universelle. Elle entend les appels des Evêques, et elle y répondra pour fonder en rural en 1985 à 
Vermand dans le département de l'Aisne et en 1994 à Roôcourt-la-Côte dans le département de la Haute-Marne.

Dans les années 80, les clarisses se réapproprient leurs sources grâce à un travail de traduction pour les éditions des Sources chrétiennes et cela enclenche toute une réflexion sur la pauvreté et la simplicité que voulait Sainte Claire. La fondation de Vermand en est un fruit et la radicalité de ses débuts fait naître à Tinqueux une forte interrogation sur les dépenses entraînées par l’entretien de bâtiments aux proportions 2 fois supérieures aux besoins de la communauté.Début du monastère de Vermand

La baisse des vocations fait envisager d’occuper des locaux plus proportionnés aux effectifs et aussi plus adaptés à un vieillissement prévisible avec l’allongement de la vie. D’où le transfert des années 2000. Avec toute une réflexion pour donner à notre monastère un aspect ouvert, simple, lumineux et joyeux.

La vie communautaire s’oriente vers une appropriation plus responsable pour chaque sœur du charisme, des choix posés et du climat d’amour fraternel à recréer chaque jour à l’écoute de l’Evangile, de Claire et de François.

Il ne faut plus compter sur des personnalités extraordinaires pour tracer la route ! C’est ensemble, à l’écoute de l’Esprit, qu’il faut s’engager dans notre vocation de sœurs pauvres et laisser le Seigneur faire surgir du meilleur de nous-mêmes, sur les traces du Christ Pauvre, une réponse en adéquation aux attentes du monde d’aujourd’hui. Les routes de prière, par exemple, sont un essai de reprise d’une tradition clarisse qui s’inscrit dans la recherche des personnes vivant les routes-pèlerinages. Le Lavement des pieds vécu par toutes les sœurs, le pardon communautaire hebdomadaire, etc ... Il faut une forte formation personnelle et communautaire, afin d’être toujours à même de réfléchir notre vie en famille franciscaine, en Eglise et dans notre société, pour le monde. Se laisser remettre en cause et en même temps discerner ce qu’il faut supprimer et ce qu’il faut garder.

Entrée du monastère actuel

 

Le transfert de Tinqueux à Cormontreuil en 2000.

Article de soeur Elisabeth paru en juin 2006 dans la revue "les amis des monastères".

Soeur Elisabeth, soeur Annick, soeur Claire-Bénédicte

TRANSFERT DU MONASTÈRE DANS LA GRACE FRANCISCAINE

 

Nous avions longuement expliqué les motifs de notre transfert dans le n° 121 de l'année 2000 des Amis des Monastères. Comment résumer ce qui s'est passé ensuite, une telle avalanche de prévenances de la part de Dieu, qui semble avoir été le grand maître d'œuvre de tout !
Côté financement du projet, nous avons découvert que des amis désiraient nous soutenir jusqu'au Liban, en Amérique du Nord, des amis de tous âges, tous lieux et toutes confessions, puisque la communauté de l'Eglise réformée de Reims elle-même participa officiellement à ces gestes de soutien au cours d'une prière partagée. Les vétérans de la famille franciscaine se mobilisèrent d'une façon émouvante (beaucoup sont partis chez le Seigneur depuis), les prêtres du diocèse, qui au départ redoutaient beaucoup des remous dans la pastorale, les religieux, mais aussi nombre de personnes inconnues des quatre coins de France et de Belgique : notre fichier passa de 3000 à 7000 correspondants. Une lettre des " amis aux amis " informait régulièrement de l'avancée du projet. Les travaux ralentirent avec le temps des vacances en 2000. Monastère en 2005 vue des champsChaque jour, depuis le mois d'avril, des équipes de sœurs (accompagnées de bénévoles pendant les temps de chantier organisés mais aussi en dehors) allaient sur place peindre les pièces achevées.
En octobre, la bénédiction du monastère vit affluer environ 600 personnes. Nous décidâmes de déménager début novembre avant les grands froids qui risquaient de compliquer les transports et ne favoriseraient pas la replantation des arbres. Nous avions soigneusement planifié le déménagement sur un certain laps de temps afin de ménager nos forces pour aller jusqu'au bout, car nous voulions tout faire avec les amis qui s'offriraient pour aider. Mais voilà que la bourrasque de l'intervention du Seigneur se déploya de façon imprévisible réalisant en 8 jours la totalité du déménagement, ateliers compris (et ils sont multiples). Les cartons de toutes dimensions ont virevolté en tout sens, remplis par des mains expertes, transportés par des bras solides, entassés dans des voitures particulières ou des estafettes (il y en avait 3) qui firent la navette Tinqueux - Cormontreuil sans arrêt de 7 heures du matin à 7 heures du soir, autrement dit du lever au coucher du soleil. Mais qui étaient ces bénévoles surgissant pour quelques heures, enthousiastes, efficaces, tout sourire et pleins d'humour ? Un certain nombre avaient déjà donné pas mal de leurs jours fériés ou de congé, ou de leur épreuve du chômage, ainsi que leurs forces et leurs compétences à Cormontreuil pour les peintures, les plinthes, les portes à vernir, le nettoyage des alentours de la maison, le lavage des sols, etc. soeurs montant des escaliersEn cette semaine de la Toussaint, ils tenaient encore à donner un coup de main en acheminant meubles et matériel vers le nouveau monastère, le tout soigneusement étiqueté et codé pour atterrir à l'emplacement voulu, dans l'endroit prévu. Il y avait des familles de sœurs, affairées côté cuisine ou draperie ; tout un régiment de dames très intéressées côté bibliothèque ; des messieurs, marteaux, tenailles, scies et visseuses en mains, un peu partout pour démonter étagères, armoires ; des enfants (scouts, aumôneries... ) ravis de participer au branle-bas ; un pèlerin de Compostelle de passage qui participa 2 ou 3 jours en courant puis partit s'affaler dans une chambre des bénédictines de Saint-Thierry, pour dormir une journée entière afin de récupérer. Se côtoyaient en une heureuse fraternité un adolescent du quart - monde tout fier de se trouver en Mercedes à côté du chauffeur, et l'ancienne principale du collège d'en face.
Dieu avait-il envoyé une troupe céleste ? On aurait cru. C'était comme un miracle. Seule la fatigue du soir nous rappelait à tous que nous étions bien sur terre parmi les humains ! Les sœurs en faction à Cormontreuil pour réceptionner les arrivages étaient sidérées du défilé continuel. Cela allait si vite qu'une paire de jours après le coup d'envoi, arrivant au réfectoire pour manger, nous constatâmes que tables et chaises étaient déjà parties. Chacune s'enquit d'un siège et un buffet fut dressé sur une table ayant échappée à la razzia. A la cuisine, les casseroles allaient se raréfiant. Il fallait improviser en conséquence un menu camping. A la reliure, le groupe de fraternité franciscaine avait eu vite fait de regrouper dans de grands cartons ce qui apparaissait pourtant a priori comme un défi à l'emballage. Il en fut de même aux icônes, à la poterie (attention fragile !), au cannage, aux bougies, à la couture, au secrétariat, et surtout à la cuisson et aux emballages des hosties. Meubles, tables, machines s'envolèrent à leur tour. De jeunes beurs, voisins amis de la communauté, vinrent aussi heureux d'être acteurs dans cette aventure unique. L'un d'eux, Messaoud, adulte à présent, vient encore à Cormontreuil nous rencontrer ou jardiner à l'hôtellerie pour rendre service. Certaines personnes ont, par la suite, relu ce que leur avait apporté cette participation au transfert avec la communauté. « Vous m'avez dit merci, du coup j'ai cherché un travail », « j'ai repris courage pour affronter mes propres épreuves ».
Jardin en 2005Le plus impossible semblait la menuiserie, avec les réserves de planches, les placards aux milliers de clous, les marteaux, scies, tenailles, de toutes dimensions et les machines coupantes, dangereuses, menaçantes. Balayées par un rush humain de bras musclés, elles gagnèrent Cormontreuil sans problème, tout comme les congélateurs, réfrigérateurs et autres instruments culinaires. Un énorme meuble de chêne de sacristie glissa au risque de tomber en morceaux jusqu'à l'emplacement voulu, porté par quatre à six hommes...
Restait l'infirmerie : elle ne pouvait bouger qu'en respectant le rythme des cinq sœurs aînées, qui devaient en quelque sorte passer d'un lieu à l'autre sans presque s'en rendre compte. Une amie du monastère veillait sur elles, mais elles ne semblaient pas outre mesure impressionnées par cet immense charivari déferlant dans le cloître et sous leurs fenêtres. Quand enfin le moment fut venu de les emmener avec mille précautions dans leurs nouveaux locaux, la doyenne aujourd'hui centenaire descendant de la voiture à l'arrivée s'exclama de sa grosse voix de basse : « Commençons ! » ce que disait Saint François à la fin de sa vie. Cette attitude de foi d'un cœur dépouillé de tout après une longue vie à la suite du Christ pauvre nous galvanisa pour entreprendre les semaines qui suivirent l'ouverture des cartons et les premiers rangements. Nous entrâmes dans un temps de patience. Nous avions accéléré l'arrivée pour obliger les entreprises à terminer le travail. La chapelle n'avait pas de revêtement et le fond n'était pas doublé. Les revêtements de sol n'étaient pas achevés partout, certaines ventilations montées à l'envers. Notre sœur menuisière entreprit de nous procurer les étagères et armoires manquant et doucement, en quelques mois, les objets prirent leur place au bon endroit ce qui permit de les retrouver plus vite au moment voulu. Les sœurs jardinières emportèrent de Tinqueux les arbustes déracinables et le reste du jardin fut largement couvert d'arbres, plantes, fleurs, offerts par des amis passionnés de plantations et soucieux de nous fournir ce qu'ils pouvaient. Comment ne pas remercier le Seigneur pour l'entreprise de gros œuvre qui prêta personnel, pelleteuse et remorque pour nous aider à récupérer les arbres de Tinqueux ? L'ancien champ de betteraves s'habilla peu à peu de verdure en promesse, même si les mauvaises herbes opiniâtres ne cédèrent pas facilement la place : six ans après la lutte se poursuit ! Un arbre de la paix fut planté à l'entrée. A Tinqueux une brocante au succès étonnant fut programmée pour liquider ce qui ne serait pas emporté. Dès l'ouverture des portes, les professionnels franchirent en courant l'allée y menant. Bien sûr ils furent déçus : les pauvres clarisses n'avaient pas de " trésor " à vendre ! Mais d'autres personnes y trouvèrent de quoi emporter un petit souvenir, coloré bien sûr de toute l'amitié qui nous relie à ces personnes, de toute la prière qui nous unit.
Chapelle de CormontreuilEt les sœurs ? Nous habitions un nouveau monastère, béni ; nous voulions y vivre pleinement notre vie de clarisses à la suite de saint François et de sainte Claire d'Assise : les lieux nouveaux devaient féconder une manière de vivre renouvelée. Les Chapitres se firent plus longs afin de prendre le temps de se redire comment favoriser le silence, le travail, les relations fraternelles en s'organisant " autrement ". Les lieux nouveaux engendraient des situations nouvelles : les réponses ne pouvaient s'improviser. Un nouveau coutumier s'élabore, soucieux d'expliquer les choix faits, le sens de tel ou tel " rite " communautaire afin que les jeunes que le Seigneur envoie découvrent avec émerveillement et bonheur que le transfert fut d'abord un déplacement pour une vie clarisse aujourd'hui, bonne nouvelle pour la ville de Reims, le diocèse, mais aussi tous ceux qui d'une manière ou d'une autre sont en lien avec nous et reçoivent de la spiritualité franciscaine dans une vie de contemplation la force de continuer la route dans leur quotidien. Loué sois-tu, mon Seigneur, qui prends soin de nous, à travers tant de frères !
Sœur Élisabeth 

Monastère en 2013 vue de la rue