Une communauté

"Soyez toujours les amies de toutes vos sœurs ..." Sainte Claire

Avec les sœurs que Dieu m’a données

La communauté est composée d' une vingtaine de sœurs, de 40 à 92 ans. Nous venons d’horizons très différents : pays, milieux sociaux, expériences d’Eglise, ... ; chacune avec son histoire personnelle et ses racines porte une réalité du monde aujourd’hui, donnant du poids à notre prière.
  
Au cœur de notre diversité, c’est le Christ qui nous rassemble et qui nous fait marcher dans le quotidien, allègres et joyeuses, pour construire notre vie fraternelle par le dialogue, le respect, le pardon ... Chacune est amenée à faire surgir le plus beau d’elle-même et des autres.

Son chemin vers Dieu, Claire ne l’a pas suivi seule, très vite, d’autres femmes sont venues la rejoindre, ainsi est née la première communauté de «clarisses».

Sœurs Pauvres, voilà comment elles se nommaient ; une fraternité qui n’est pas que spirituelle mais se vit avec toutes les fibres de l’être.

Ses lettres, à Agnès de Prague débordent de tendresse, elle parle de «l’incendie de charité qui brûle en ses entrailles». Dans la règle, Claire demande à chacune d’aimer et de nourrir sa sœur, comme une mère aime et nourrit son enfant. C’est avec tout son être de femme que Claire se jette dans l’aventure de la vie fraternelle et qu’elle entraîne toutes celles qui viendront après elle.

Il ne s’agit pas, seulement de bons sentiments, Claire dit encore : «L’amour que vous avez à l’intérieur de vos âmes manifestez-le au dehors par des actes» ... Et elle l’a vécu ! ... Les témoignages, lors de son procès de canonisation sont très touchants, Claire est décrite lavant les pieds des sœurs, les recouvrant pendant la nuit pour ne pas qu’elles aient froid ... mille et une délicatesses devaient jalonner ses journées, elle était attentive à chacune et surtout les plus faibles, les malades.

L’organisation de la vie à St Damien n’était pas basée sur un règlement décidé une fois pour toutes et le même pour tout le monde, chacune «avec assurance manifestait à l’autre sa nécessité», on pourrait dire aussi sa différence. Ainsi, c’est la Vie qui prime, ce que nous appelons aujourd’hui : Règle de Ste Claire, elle préféra l’intituler : «Forme de Vie». Elle s’est battue longtemps pour refuser le titre d’Abbesse. L’autorité est vécue comme un service partagé.  Le Christ est présent et agissant en chacune, toutes ont part aux décisions, car «souvent le Seigneur révèle ce qui est meilleur à la plus petite». Les sœurs venaient d’horizons, de milieux sociaux différents. Avant d’entrer dans la communauté chacune distribue ce qu’elle possède aux pauvres, ainsi toutes arrivent les mains nues, avec leur seul désir de suivre le Christ.

Dans la contemplation d’un Dieu tout Amour Claire découvre, à quelle Vie Fraternelle, elle est appelée. Le «Père des miséricordes» lui indique la voix de la bienveillance, de la bonté, du pardon toujours offert, de la gratuité, d’un amour de Mère se laissant bouleverser jusqu’aux entrailles par la détresse, la faiblesse, les besoins de ses sœurs.

Le Christ pauvre l'a conduite sur un chemin, de service, de don de soi, d’abaissement pour que l’autre grandisse. Tout cela : «dans la joie de l’Esprit», car la vie des sœurs est loin d’être triste, le bonheur de Claire déborde dans chacune de ses phrases et elle invite ses sœurs à «être miroir», à laisser transparaître cet amour qui les brûle au plus profond.

 

Quelques témoignages de sœurs :

Sr Marie Christine : «Faire le choix de la pauvreté radicale à la suite du Christ sous-tend une immense confiance en Dieu dans une recherche de grande simplicité de vie ... et ce désir de dépendance se situe toujours dans la quête du besoin de l’Autre, l’autre, et non dans la suffisance à soi-même. Cela ouvre le cœur à une grande liberté intérieure et à une joie profonde. La Parole de Jésus : «Recherchez le Royaume de Dieu et tout le reste vous sera donné par surcroît», prend alors tout son poids en s’accomplissant dans l’instant présent. Et plus ma confiance et mon abandon à ce Dieu-Providence sont grands, plus ma foi suscite cet exaucement, qu’est ce grand réconfort de sa Présence ... et cela passe par la bonté des autres ...

Il y aurait bien des choses/évènements à partager des passages de la bonté de notre Dieu ... En voici qui disent bien l’omniprésence de Dieu à sa créature :

C’était un jour où nous accueillions à notre table  une sœur clarisse de Nazareth. Il est bien rare qu’en fin de repas, notre abbesse ne sorte pas de sa corbeille quelques chocolats (offerts), pour l’occasion. Mais voilà, ce jour-là, rien !! ou tout au moins, il n’y en a plus ... Celle-ci lança en souriant : "Peut-être va t’il en arriver ?!"

Pas plutôt dit, que quelqu’un sonna à l’accueil ... il venait nous offrir du chocolat ... (qui entre nous n’est nullement indispensable pour vivre, n’est-ce pas ?! ...) mais qui montre jusqu’où la délicatesse de notre Dieu peut aller !

La chose se reproduisit un peu plus tard, toujours à cette même table, mais ce jour-là, nous mangions avec des frères et sœurs cisterciens. Cette fois, le Seigneur fit encore plus fort, car le chocolat était si abondant, que chaque frère et sœur repartit dans sa communauté avec une boîte ... de ce chocolat providentiel !!!

Merveille de notre Dieu, qui aime la fête et nous redit par- là que sa générosité est sans fond.

Cette autre anecdote remonte à la veille de la Pentecôte. La fête se prépare, mais voilà, comme la saison est avancée et que la pluie se fait rare, (les fleurs du jardin ne suffisent pas en nombre pour fleurir la chapelle comme il se doit en cette grande solennité. Je demande donc à la sœur qui tient la caisse de me pourvoir en argent ... et lui dis en souriant : " je ferai économique !" J’avais repéré un fleuriste non loin du monastère et en entrant dans  le magasin, je m’émerveillais devant toutes ces belles compositions. J’en félicite la vendeuse, qui d’ailleurs en est fort touchée et me remercie vivement. Après avoir choisi deux petits bouquets de couleur unique et les avoir payé ; la fleuriste se penche derrière son comptoir et me tend deux superbes bouquets composés de couleurs éclatantes… me disant : «Si vous pouvez en faire quelque chose ?!» Si je peux en faire quelque chose ??? ... Mon cœur bondit de joie ... je la remercie abondamment ... et il me vient à l’esprit : «C’est le Seigneur !» Ces fleurs incarnant la bonté de notre Dieu, prirent alors la place d’honneur qui leur était réservée !!!

Oui, la pauvreté à la suite du Christ rend le cœur libre ... elle en est l’un des chemins ...

Voici une anecdote qui après relecture me dit combien notre spiritualité franciscaine nous façonne.

Je devais me rendre à Paris ... la sœur qui tient la caisse me proposa de me donner également en plus de l’argent du train, une carte de téléphone ... «Au cas où, me dit-elle !?» Je la prenais ... et cette carte se mit à m’insécuriser ... il me vint alors à l’esprit toutes sortes de choses qui pourraient m’arriver et dont j’aurai besoin en urgence de prévenir ma communauté. Allais-je sécuriser mon voyage ? Ou allais-je jouer le jeu de la confiance en Dieu qui pourvoit en veillant sur sa créature ?? Finalement, je partis les poches vides comme j’avais pu l’expérimenter de nombreuses fois ... et le Seigneur prit soin de moi.»

 

Sr Annick : «Claire, je l'ai découverte un peu par hasard lors d'une rencontre chez des clarisses. A l'époque, François parlait davantage à ma sensibilité. Néanmoins depuis que j'ai accepté de mettre ma pauvre main dans la sienne, elle m'entraîne dans sa course vers l'Aimé et me fait découvrir l'Evangile par la porte dérobée qu'est le lavement des pieds. Oui, Claire, la petite plante de François, la petite "ancelle" du Seigneur et de ses sœurs a décidé de m'aider à pénétrer le secret du Grand Pauvre à la suite du petit pauvre d'Assise. Et chaque jour renouvelle mon émerveillement devant toutes les grâces dont m'entoure le Père des Miséricordes, notamment celle de ma vocation qui est de laisser voir en moi ce qui peut servir aux autres de modèle et d'exemple. En effet, Claire m'invite à céder toute la place au Fils de Dieu qui, le premier, l'a cédée complètement à notre Père des cieux, car, comme le dit très bien Maurice Zundel : "tant que c'est moi, ce n'est pas Lui !" Contemplons-le donc dans un cœur à cœur qui ne peut que nous transfigurer en l'image de sa divinité et laissons éclater notre joie. Que nul nuage, nulle amertume ne viennent l'assombrir puisque le Christ pauvre et humble nous offre le trésor caché qui n'est autre que Lui-même. C'est, le cœur rempli de cette joie profonde, qu'à la suite de Claire, je vous invite vous aussi à "demeurer toujours les amies de Dieu, les amies de vos âmes et de toutes vos sœurs". "Que le Seigneur soit toujours avec vous et puissiez-vous être, vous aussi, toujours avec lui." (extraits de la Bén )

 

Sr Alice Anne : «toute notre vie c’est apprendre à être peu pour que Dieu y soit beaucoup»

Quelle place au dépouillement dans une vie de clarisse ? Avant d’aller dans le fond du sujet, c’est important de dire ce que peut être le dépouillement. Vu de loin, il n’attire pas la sympathie : être dépouillée c’est une agression, personne n’aime cela. Par contre qui n’a goûté à l’impression de paix que procure la contemplation de quelques fleurs fraîchement cueillies dans un verre d’eau ? Par ce biais, il est possible d’entrer dans les bienfaits d’une vie dépouillée. Partons des lieux. Prier dans une chapelle dépouillée, c’est délicieux. Il y a l’unique nécessaire qui rappelle avec beauté que ce lieu est celui où Dieu habite : le tabernacle : cavité dans un mur de pierres, la croix en bois clair où le Christ repose debout dans sa gloire d’Homme- Dieu, Marie : statue aux lignes sobres se faisant tout accueil, l’autel, le pupitre et bien sûr de quoi s’asseoir et demeurer. Mais c’est tout. Le superflu n’a pas sa place car il la prendrait à Dieu. Cette chapelle dépouillée renvoie à la vie qu’autour nous menons. Aussi, continuons la visite, par exemple, observons les murs. Peints en blanc, ils reflètent toute la lumière du jour. Cette plénitude est à peine interrompue : à l’atelier des hosties par une petite croix de bois, dans le couloir de la salle de communauté par un St François recueilli et riant, haut comme une main étendue, dans les logements par une icône de Marie à l’enfant. Ces objets font signe à l’âme pour qu’elle reste accrochée au Christ. Ils sont comme les crampons de l’alpiniste : ils permettent de grimper malgré les plaques de glace, et discrets, alternent peu la nudité de l’espace.

Après avoir décrit la chapelle, les murs, il est plus aisé de parler de l’appel qui nous habite : toute notre vie c’est d’apprendre à être peu pour que Dieu y soit beaucoup. Facile à écrire ! Heureusement Claire nous guide : «Sans accorder même un seul regard à toutes les séductions trompeuses par lesquelles le monde enchaîne les pauvres aveugles qui s’attachent à lui, aime donc plutôt de tout ton être Celui qui, par amour pour toi, s’est aussi donné tout entier ...».

En parallèle à ce chemin d’abandon intérieur, il y a aussi celui de la simplicité matérielle, si chère à François : «il entendait bien ne rien posséder, pour jouir avec plus de plénitude de toutes choses en Dieu». Mais bien sûr, tout cela se fait rarement d’un coup : c’est un appel après l’autre ! Comme le dit St François : «Commençons, mes frères, à servir le Seigneur Dieu, car c’est à peine si nous avons jusqu’alors accompli quelques progrès !»

 

Soeur Pierre-MarieSr Pierre Marie : «Ma vie de clarisse peut être comparée à un bout de terrain. Tous les matins, je m’assoie sur une grosse pierre et là j’attends le retour du soleil et jamais je ne suis déçue : le jour se lève !

Ainsi j’apprends la confiance en Dieu qui est présent à chaque instant de ma vie. Après je fais un tour avec le jardinier. Il voit toujours quelque chose à faire et ne me laisse guère tranquille, alors j’écoute sa Parole, je la rumine, et imprégné mon cœur se dispose à lui dire merci et à chanter sa louange avec mes sœurs dans la prière communautaire. Puis il faut se mettre au travail. A vrai dire je suis assez championne du désherbage, chaque jour je dois en faire car le Seigneur m’a faite ainsi une terre où tout pousse abondamment, alors c’est plutôt envahissant, pour les autres ! Et à la suite de François et Claire qui ont tracé un chemin de minorité et de pauvreté, il me faut modérer mes élans, quitte à les mettre à profit au bon moment.

Quand je ma ballade avec le Jardinier, Il m’invite souvent à louer le Créateur pour toutes les créatures, si je voulais mes journées pourraient y passer, mais il me faut aussi garder accueillant le coin des rencontres, cet endroit où l’amour fraternel déploie toutes ses largesses. Ce qui m’étonne et m’émerveille, c’est qu’il n’est jamais assez large, les imprévus ont parfois bien du mal à trouver leur place, alors le Jardinier m’a fait voir un endroit un peu retiré, presque intime et là Il m’a dit qu’on peut toujours s’y retrouver et c’est Lui-même qui entretient ce lieu, Il le nomme pardon et miséricorde ; quand j’y vais, j’en ressors toujours avec une très grande joie, celle qu’on ne peut ravir. Enfin, je ne voudrais pas oublier le pourtour du terrain. D’ailleurs, le Jardinier m’a dit d’en prendre un soin tout spécial, qu’il soit vraiment beau et sans artifice, accueillant à toutes joies et toutes détresses. Mon petit bout de terrain se trouvant en haut d’une colline, je peux voir très, très loin. Alors si vous le désirez : soyez les bienvenus.»

 

Sœur Claire-Blandine, Le 1er mai, tu vas t’engager définitivement dans notre communauté. Sur ton faire-part, on peut lire : des paroles de Ste Claire, et à ton nom tu as rajouté celui de Claire ... Tu nous en dis un peu plus ?

«Mais qui sont ces sœurs ? Qui est sainte Claire, pour que ces sœurs aient une vie fraternelle si joyeuse et si simple ?» Telles furent mes interrogations lorsque j’ai découvert la communauté ... et ces questions m’ont menée bien plus loin que je ne pensais ... car j’ai été séduite ...

En découvrant la communauté, je me suis plongée dans la vie et les écrits de sainte Claire. J’y ai découvert une femme pleine de joie et d’enthousiasme, d’élan, de dynamisme : «va confiante, allègre et joyeuse sur le chemin du bonheur» me dit-elle comme à sa sœur Agnès. Une sœur d’une grande tendresse aussi, très attentive à ses sœurs : «Si une mère chérit et nourrit sa fille selon la chair, combien plus chacune ne doit-elle pas chérir et nourrir sa sœur selon l’esprit !». Une maîtresse de vie spirituelle : «Ne laisse aucune amertume, aucun nuage venir assombrir ta joie», Claire me dit là le choix, le combat vital qui est le sien dans sa suite du Christ. Une sainte toute donnée à son Dieu qui a vécu ce qu’elle demande : «Aime de tout ton être celui qui par amour pour toi s’est donné tout entier». Oui, Claire est devenue mon «guide privilégié» pour vivre l’Evangile au quotidien, mettre en pratique dans ma vie avec allégresse ce que le Seigneur me demande. Oui, «la plus grande de toutes les grâces, c’est notre vocation !»