Une journée type au monastère de Cormontreuil

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Actuellement, nous sommes une communauté de 25 sœurs dont la vie est rythmée par la prière, la vie fraternelle et le travail. Nous vivons dans la simplicité et l’ouverture aux joies et aux souffrances du monde, particulièrement de tout ceux et celles qui passent au monastère.

Une journée classique en semaine se déroule ainsi :

- 6h00 : lever.

- 6h30 : 1er temps de prière communautaire à la chapelle désigné par le nom de « matines ».

- 7h00 : temps d’oraison personnel à partir des textes de la messe du jour ou d’un passage biblique. Nous pouvons rester à la chapelle ou choisir un autre lieu pour ce temps.

- 8h00 : prière du matin appelée : « laudes » à la chapelle.

- vers 8h 35 : après la fin des laudes, petit déjeuner pris en silence au réfectoire.

travail des hosties- 9h00 : travail. Notre travail principal, source de revenus, est la fabrication d’hosties. Mais comme dans une famille, le travail c’est aussi : cuisiner, laver le linge, s’occuper des sœurs malades, entretenir les bâtiments et le jardin, accueillir les groupes dans notre hôtellerie monastique, répondre aux courriers, téléphone et à la porte,... Une vie remplie comme chacun.

- 11h 30 : messe (appelée aussi eucharistie) suivie par 5 minutes de silence avant de prier le milieu du jour qui dure un peu plus d’un quart d’heure. Les mercredis et vendredis sont habituellement des jours de cuisson d'hosties. Du coup, l'horaire de la messe est mis à 18h00 précédée par un temps d'adoration eucharistique à 17h10.

repas- vers 12h30 : repas avec la lecture du journal suivi de la vaisselle et d’un temps libre personnel d’une heure avant la reprise du travail ou de temps de rencontre communautaire.

- 17h30 : prière du soir appelée : «vêpres » à la chapelle, suivies par un temps d’adoration eucharistique silencieuse jusqu’à 18h55.

- 19h00 : repas avec la lecture d’articles de revues diocésaines, franciscaines, d’église ou sur un thème de réflexion actuelle, les lettres d’autres communautés proches ou de missionnaires, un livre,... Ensuite, c'est la vaisselle suivie par un temps d’entraide avec les épluchages de légumes, le service des hôtes de passages, les hosties,...

- 20h15 : dernier temps de prière communautaire appelé : « complies » qui durent une vingtaine de minutes à la chapelle.

La journée prend fin. Nous désignons ce temps du soir par le terme : « grand silence » car c'est le temps du silence, de la relecture de sa journée, de la méditation et du sommeil.

Au cours de la semaine, nous avons 4 jours où nous vivons une heure de rencontre fraternelle pour s’échanger les nouvelles, rire ensemble ou partager une rencontre vécue. Nous avons aussi, le vendredi soir, un partage d’évangile entre nous sur l’évangile du dimanche suivant. Chaque lundi après-midi, nous avons un long temps d’assemblée communautaire où nous échangeons sur un point de notre vie ou sur des choix à faire. Le lundi soir, avant les complies, nous avons un temps de pardon communautaire qui permet d’exprimer nos manquements dans la vie commune et ce qui a pu blesser. Ainsi nous reconstruisons ensemble le tissu fraternel et l’unité et de l’amour. Le jeudi après-midi, nous avons entre 1h et 1h20 de chant. Le chant permet la beauté de nos temps de prière à la chapelle et nous aimons que toutes les sœurs participent avec ses possibilités et avec joie. Les dimanches et les jours festifs, l’horaire est un peu modifié avec le lever à 6h30 et les repas festifs en parlant ensemble. Notre vie est aussi marquée par le rythme des temps liturgique tout au long de l’année. Et bien les imprévus et la vie se chargent de bousculer parfois les horaires !

adoration eucharistique

Notre environnement

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«Ecouter battre le cœur du monde»

Dis-moi, Seigneur, quel artiste pourrait égaler la façon dont tu inventes couleur sur couleur à l’infini ?

«Au ras des collines du côté de la chapelle la promesse de l’aube prend toutes les teintes de l’orange et de l’or ; au couchant, derrière la ville que nous surplombons le ciel moutonné s’embrase de flammes roses, mauves et de lumière. Comment fais-tu pour que midi jouant dans les feuillages des arbres, les dégradés du vert se multiplient comme sous un pinceau enchanteur ? Et quand le vent s’en mêle, naît, sous nos yeux émerveillés une danse chatoyante d’argent et d’émeraude.

Et comment ne pas s’extasier des mains du Créateur faisant surgir la soie et le velours pour le pétale des fleurs ! Elles ne tissent ni ne filent et Salomon dans toute sa gloire n’a jamais été vêtu comme l’une d’elles (Mt 6, 28-29).

François d’Assise savait dans une belle chose contempler le Très Beau et il poursuivait à la trace son Bien Aimé en tout lieu de sa création. Comme on le comprend, dès que l’on se donne le temps d’admirer, de recevoir le message ainsi livré ! pas de parole dans ce récit, pas de voix  qui s’entende, mais sur toute la terre en paraît le message (psaume 18). Claire d’Assise exhortait ses sœurs à louer Dieu chaque fois qu’elles verraient de beaux arbres feuillus et de même à la vue de toutes les créatures. C’est à la création que Claire emprunte des images parlantes pour décrire à sa correspondante Agnès de Prague, les prévenances de l’amour du Christ : le printemps, le soleil, la lune, les routes et la poussière du chemin, les fleurs, la terre, les perles, les pierres précieuses et les parfums sont requis tour à tour pour brosser les portraits de l’Aimé et de l’aimée, du mystère de notre Rédemption et de notre vocation. Il faudrait mentionner les éléments, symbole des dons de Dieu : par exemple, l’eau qualifiée par François de sœur, utile et humble, précieuse et chaste (dans le Cantique de frère soleil) dont Claire s’inondait chaque jour après qu’elle fut bénie, au souvenir de l’eau sortie du côté du Christ. Non seulement la création reflète la beauté du Créateur et nous incite à le louer, mais elle est aussi le langage de sa Sagesse. Jésus y a puisé nombre de paraboles pour décrire le Royaume et François d’Assise, parcourant la campagne d’Assise pour y prêcher l’Evangile renoue avec les créatures le dialogue interrompu par le péché de l’homme, dans la grâce de la réconciliation apportée par le Christ. L’obéissance des créatures à leur mission propre l’impressionnait et le défiait d’être aussi fidèle qu’elles aux ordres du Créateur. Ainsi les alouettes nous stimulent à la louange du Très Haut, l’agneau proclame l’innocence du Fils de Dieu, le vers de terre renvoie à l’anéantissement de la Passion de Jésus, les hirondelles font silence pour écouter la Parole de Dieu. Dans un monastère, la jardinière a une grande responsabilité : aider chaque sœur tandis qu’elle fait son tour de jardin quotidien à se rappeler, à la vue des roses et des capucines, des marguerites et des œillets d’Inde que Claire s’intitulait elle-même «petite plante de François» qui la jardinait avec tendresse pour la gloire de son Seigneur.» Soeur Elisabeth

 
 

«Notre monastère de Cormontreuil est situé sur une colline : A l'horizon on aperçoit toute la ville de Reims qui s'étend avec bien sûr la cathédrale, la basilique saint Rémi ... et de l'autre côté la campagne avec la "montagne de Reims" (pas plus de 500 mètres de hauteur !) et tous ses vignobles. Ce point de vue est impressionnant, surtout en hiver quand des centaines de lumières scintillent comme des étoiles ! Nous sommes là en situation de veilleurs : en effet, nuit et jour la ville de Reims et ses alentours est offerte à nos regards et surtout à notre prière. C'est souvent que j'aime redire une prière de Michel Quoist dont je vous livre quelques lignes : "Je voudrais monter très haut Seigneur, au dessus de ma ville, ...  je voudrais purifier mon regard et t'emprunter tes yeux, je verrai alors l'Univers, l'Humanité, l'Histoire comme les voit le Père ... je comprendrai que rien n'est profane, des choses, des personnes, des événements mais qu'au contraire tout est sacré à l'origine par Dieu ..." (Michel Quoist).

- en face de nous, nous avons l'hôpital de Reims avec tout près le centre anti-cancéreux. Nous portons dans notre intercession toute la souffrance des malades, la détresse de leurs proches ; nous prions aussi pour tout le personnel soignant. Il n'est pas rare que nous entendions l'hélicoptère de service passer au dessus-du monastère, transportant grands malades ou grands accidentés. En nous résonne cette phrase de Sainte Claire : "pour employer dans leur sens propre les termes de l'Apôtre, je te considère comme une auxiliatrice de Dieu même, comme le soutien et le réconfort des membres abattus de son Corps ineffable" (3ème lettre à Agnès 8). - tout proche de nous, de l'autre côté de la rue, le collège "Pierre de Coubertin" qui reçoit donc des jeunes. C'est souvent que nous prions pour ces adolescents, pour leur avenir.

- Un peu plus haut, ce sont des champs. Et le long du monastère, il y a de nombreuses petites maisons à un seul étage, tout comme notre monastère ! Nous avons, en effet, choisi une construction simple, avec plusieurs maisons accolées. Un petit portillon donne accès à un chemin de terre où les personnes se promènent, souvent accompagnées de leur chien. Nous avons pris l'initiative, plusieurs fois, d'inviter les personnes de notre quartier pour une "porte-ouverte", ce qui nous a permis de tisser des liens avec certains et de faire une meilleure connaissance réciproque. Nous sommes implantées dans le quartier des "Châtillons-Val de Murigny". C'est un quartier populaire où résident pas mal d'étrangers, avec une grande tour surmontée d'un navire stylisé, et de nombreux immeubles HLM qui côtoient des petites maisons. Nous aimons ce lieu où nous habitons. En arrivant à Cormontreuil, nous savions qu'il y aurait d'autres constructions proches : une maison pour personnes autistes, un centre de formation (le CREF), un ESAT et un centre pour des jeunes avec un handicap, une ligne de TGV et d’autres choses en projet !» soeur Bénédicte

 
 

«De l’autre côté de la rue ... Ils sont environ 500 dans ce collège ! 500 jeunes à étudier, rire, discuter, vivre une vie de jeunes, tellement semblables à tous ceux de Reims, d’Europe et même de la planète. Ils sont de l’autre côté de la rue, si proches qu’on entend le bruissement des récrés et notre joie a été très grande en constatant que le Seigneur nous offrait la proximité de leur présence. Si, en effet, tous ces jeunes sont semblables à bien d’autres, c’est aussi, dans le regard de Dieu et le nôtre, 500 vies uniques, des itinéraires tous particuliers avec leurs joies et leurs douleurs et autant de questionnements sur la vie et l’amour. Le cœur de notre prière pouvait battre à l’unisson de ceux de nos jeunes voisins. La largeur d’une rue, c’est bien peu mais, au départ, l’espace pouvait avoir l’opacité d’un mur et les premiers contacts dans la rue n’étaient guère encourageants, leurs idées sur la vie religieuse se référant davantage au film «Sister act» qu’à un traité de théologie. Dans un premier temps, il y a eu le sourire et la patience des sœurs qui avaient l’occasion de descendre la rue en prenant le bus mais très vite, à la faveur d’une initiative pédagogique proposée par un prof inspiré «Allez questionner en face pour savoir ce qu’est un monastère pour le devoir d’histoire sur l’Eglise au Moyen-Age !», deux ou trois collégiens venaient sonner à la porte ; opération renouvelée plusieurs fois jusqu’au jour où, bravant la peur de l’inconnu, une douzaine d’entre eux sont venus nous dire d’un air dégagé que, le prof n’étant pas là, ils avaient eu envie de ... de nous visiter, de ... de ... Bref ! suivit un joli dialogue avec la sœur qui leur fut envoyée : «Qu’est-ce que vous faites ? on peut visiter ? Ah ! bon ! vous travaillez ? sans blague, vous ne sortez pas ? le retrait ? c’est quoi ? Ah ! oui ! au fond, vous êtes à l’écart ! oui, on veut bien voir la chapelle. Psaumes ? c’est quoi ? prières qui ont plus de 2000 ans». soeur Maryvonne

La prière

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La prière, préférence pour Jésus Christ : «l’Esprit souffle où il veut»

Le silence auquel nous invitent Claire et François est  un silence qui nous ouvre au dialogue avec Celui qui est présent au fond de notre cœur et qui murmure sa Parole. Ce Silence nous ouvre aussi à la communion avec le monde, avec nos sœurs, en qui nous écoutons Celui qui est présent et agissant.

 

La chapelle :

Le sanctuaire est le lieu où la communauté se rassemble pour célébrer l’office et l’Eucharistie, autour de l’Autel et de la Parole. C’est un espace qui, une fois l’office commencé, est particulièrement habité par la présence du Christ : «Quand 2 ou 3 sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux.»

Grande ouverte, notre chapelle l’est de 6 h 30 à 21 h 00 à vous qui désirez une halte dans la journée, pause silencieuse, courte ou prolongée. Vous pouvez aussi vous joindre à la prière chantée par la communauté cinq fois par jour, ou simplement ... écouter.

 

La prière liturgique :

«La liturgie s’emploie du matin au soir à soutenir notre marche en déployant pour nous la richesse des promesses de Dieu, contenues dans sa Parole vivante : «Choisis la vie». «Choisis la bénédiction». «Ecoute». «Aime». Nous ne sommes pas seules dans ce combat d’ouverture à un Amour plus grand, plus large, Celui de Jésus. Nous bénéficions de l’intercession de tout le peuple de Dieu».

«Chaque moment de la journée voit revenir les soeurs à la chapelle, avec ceux qui se joignent à nous pour un temps de prière ensemble, orienté vers les demandes, les merci, les joies, les peines, en lien avec toute l’actualité, toutes les intentions confiées.

C’est aussi un temps où nous permettons à la voix de Dieu de se faire entendre à notre cœur, notre vie. Cela se prolonge ensuite dans la prière personnelle et tout au long du jour au milieu des activités manuelles.»

 

La prière avec les psaumes :

«Il y a six milliards de cris possibles dans ces 150 poèmes que sont les psaumes, autant que d’habitants sur la terre et c’est là quelque chose de mystérieux puisque ces paroles tout en exprimant ce qu’il y a de plus personnel, de plus intime en moi, disent aussi la foi de tout un peuple ..., celle du peuple hébreu tout d’abord, puis celle de nos Eglises chrétiennes. Clarisse, je chante quotidiennement les psaumes avec mes sœurs. Parfois mon cœur s’accorde avec ce que célèbrent ceux du jour, parfois non ! Vais-je me taire pour cela ? Sûrement pas, car je vais alors rejoindre encore plus tous ceux dont le cri est différent du mien. Mieux ! Je vais prier pour (dans les deux sens du mot) ceux qui ne savent pas prier, qui ne peuvent plus, qui ne veulent plus. Chaque vie est unique devant Dieu et nous saurons un jour combien nous nous sommes portés mutuellement au-delà des limites géographiques.

Psautier

Y a-t-il un «mode d’emploi» clarisse pour les psaumes ? Je ne le crois pas. Comme toutes les autres moniales, nous les chantons à tous les offices, et les versets continuent de nous habiter à toute heure du jour ... et même de la nuit parfois. C’est qu’ils sont la respiration de notre être profond. Ils sont nourriture, torrent de gratuité, chemin d’émerveillement, larmes de désarroi. Pourtant, nous avons une particularité dans la famille franciscaine, celle que nous appelons : psaumes de St François, c’est à dire 15 psaumes que St François a rebâtis pour son usage, fidèle en cela à une coutume de son époque. Il y a réuni des versets choisis parmi ceux qui, pour lui, exprimaient le mieux les sentiments de Jésus pendant sa vie et sa passion, et y a intégré l’évangile : «Car un enfant nous est donné,
il est né pour nous, pèlerin sur la route ».
(ps 15 de St François vt7)

Pourquoi ne pas en faire autant ? Recueillir le précieux héritage du psautier et le faire nôtre en butinant parmi ce qui parle à notre cœur profond. Et puis ? Faire son miel :

« Quelle est douce à mon palais ta promesse, 
Le miel a moins de saveur dans ma bouche ». (psaume 118, verset 103)

Soeur Maryvonne 

 

La louange : 

«Seigneur ouvre mes lèvres, et ma bouche publiera ta louange» (psaume 60)

C’est par ce verset de psaume que commence chacune de nos journées, par cette prière d’invocation, quand la communauté se retrouve réunie à la chapelle pour se tourner ensemble vers le Seigneur. Il est important pour moi d’ouvrir la journée par la louange, la reconnaissance de l’amour de Dieu pour nous. Louer Dieu pour ce qu’Il est, pour son œuvre d’amour dans ma vie.

Une louange jaillissante de la reconnaissance de me savoir fille bien-aimée du Père, un Père de tendresse, de miséricorde, révélé par Jésus qui, sous l’inspiration de l’Esprit exulte de joie et dit : «Je te bénis Père, d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révélé aux tout petits». Une louange qui jaillit dans la prière et l’adoration à travers l’épreuve et le combat de chaque jour, sachant que Jésus me précède, sur le chemin de vie, de joie. Une louange qui jaillit devant la beauté de la création, un beau paysage, une fleur, un oiseau qui vole au couchant du soleil, une icône ... tout ce qui est beau me conduit à Dieu. Une louange qui jaillit à travers des signes d’espérance, des gestes de paix, de réconciliation.

«Chantez à Dieu de tout votre cœur, avec reconnaissance, par des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés et quoi que vous puissiez dire ou faire, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, rendant grâce par Lui à Dieu le Père » (Col 3,16).»

Soeur Claire-Bénédicte

 

L’adoration : 

«Adorer en esprit et en vérité» ... Etre là devant Dieu, décentrée de moi-même car «Dieu est et cela suffit»(St François). 

Dans l’adoration l’homme se trouve si petit et si grand. Si petit devant la sainteté de Dieu, devant sa grandeur, devant sa faiblesse. Dieu si grand : «Tu es grand, Tu es fort, Tu es roi tout puissant» Et Dieu si petit :  couché dans une crèche. Et l’homme se trouve grand (psaume 8 ) : «Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils de l’homme que tu en prennes soucis».

«Adorer en esprit et en vérité». Etre dans la vérité de son humanité. «Tel est l’homme devant Dieu, tel il est en vérité» (St François) Oui, venir à l’adoration les mains vides, contempler sa grandeur, se laisser irradier de sa lumière jusque dans les plus petits coins de notre être, là où se tient niché notre orgueil, notre désir de paraître, d’être plus, là où Dieu n’a plus toute la place : «pose ton esprit devant le miroir de l’éternité, pose ton âme dans la splendeur de la gloire, pose ton cœur sur l’effigie de la divine substance, et transforme-toi tout entière par la contemplation à l’image de sa divinité» (Ste Claire)

et encore : «regarde-le, médite-le, contemple-le et n’ai d’autre désir que de l’imiter» (Ste Claire)

Dans l’adoration Dieu offre tout ce qu’il est, et l’homme comme un mendiant recueille tout ce qui lui est offert : «mon Dieu et mon tout» (St François). Adorer : consentir à la magnificence de Dieu et consentir à ma pauvreté.

Soeur Marie-Agnès«Adorer en esprit et en vérité». Avec toute mon humanité qui ressemble avec quelques nuances à l’humanité de tant d’hommes et de femmes à travers le monde. Je ne viens pas seule à l’adoration. Les cris, les peines, les joies qui m’habitent, sont autant les cris, les peines, les joies de mes frères, de mes sœurs en humanité. «Adorer le Seigneur éblouissant de sainteté» et dans le silence de sa présence mon cœur s’apaise, l’humanité s’apaise.

«Adorer en esprit et en vérité». Dans la pureté du cœur : «le cœur pur, purifié de tout attachement de l’âme et du cœur, ne cesse jamais d’adorer ... le Seigneur Dieu vivant et vrai.» (St François).

Adorer en esprit et en vérité demande l’intention du désir, la recherche du visage de l’Unique, nous entraîne au détachement, nous appelle à nous désencombrer de tout ce qui obscurcit la lumière et à nous laisser purifier par elle. Avoir un désir vrai, un vrai désir de le rencontrer, de se laisser séduire par son immense amour à l’égard de tous les hommes et pour chacun en particulier, pour moi comme étant unique à ses yeux, à son cœur : « je t’aime d’un amour d’éternité.» Alors monte au cœur une louange : «Tu es saint, tu es beauté, tu es douceur, tu es notre espérance ...» (St François) Ou avec Ste Claire : «Il est la splendeur de la gloire éternelle, l’éclat de la lumière sans fin et le miroir sans tache».

Soeur Marie-Agnès

 

Le combat spirituel :

Combat entre soeursDe quoi s'agit-il ? De retrouver au fond de nous la beauté et la jeunesse de Dieu. Imaginez votre cœur comme un terrain de foot ... Deux buts opposés : la vie et la non-vie ; l'équipe des "vertus" affronte celle des "passions", et si l'arbitre (*) veut que la Vie gagne, il veillera, fidèle au poste et ne comptera que ce qui mène vers une réelle croissance en humanité. On peut parier, alors, que l'Esprit de Dieu a trouvé place en nous et qu'il portera des fruits. Ces fruits de l'Esprit sont au nombre de 9 : amour, paix, joie, patience, bonté, bienveillance, douceur, maîtrise de soi, foi ... (*Nous l'appelons : "discernement".) Dans le match, il y a du renfort : Jésus prend l'initiative et nous envoie sa "grâce", c'est à dire son secours gratuit. Il faut de l'énergie pour trouver le meilleur de moi-même : Dieu qui m'attend au fond de moi. Je dois creuser et décaper avec patience. La vertu, c'est la force qui me fait chercher et dégager ce trésor : l'image de Dieu en moi. Pratiquer les vertus, c'est développer ses muscles spirituels et commencer une marche des libertés ! Des triplées qui orientent vers Dieu : les vertus théologales ! Elles portent de jolis prénoms : Foi, Espérance, Charité ... Elles viennent de Dieu, m'orientent vers lui, et me font vivre de sa vie.

 

L’oraison :

L’oraison est rendez-vous avec le Seigneur, temps de rencontre intime, temps offert gratuitement pour remettre toute ma vie à sa lumière, le laisser faire son œuvre en moi et façonner mon être profond.

Claire me dit : «Pose ton esprit ... pose ton âme ... pose ton cœur ... et transforme-toi toute entière par la contemplation dans l’image de sa divinité.» (3ème lettre de Claire à Agnès de Prague).Soeur Isabelle Il s’agit simplement, doucement, de dé-poser en Dieu tout ce qui me préoccupe, me travaille, toute cette vie qui m’habite, de poser ou re-poser en lui tout mon être pour le laisser me recréer à neuf par son Amour et le souffle de son Esprit. L’écriture méditée devient Parole de Dieu, Dieu qui me parle, me dit qui Il est et qui je suis profondément ; sous son regard de Père plein d’Amour et de tendresse, je deviens son enfant, à son image. Jésus contemplé à travers l’Evangile me dit le chemin et la vérité de la vie et de la joie. «Regarde, médite, contemple, désirant l’imiter ...» me dit Claire (2ème lettre à Agnès). Parfois une vive lumière illumine le cœur et l’esprit ; d’autres fois le cœur et l’esprit tâtonnent, comme dans le brouillard, ou envahis de bruits, se mettant difficilement au diapason de Dieu. L’essentiel est dans le désir et l’ouverture, chaque jour renouvelés, comptant sur la fidélité de Dieu. C’est parfois de manière inattendue, bien après l’oraison, que l’on en cueille des fruits de bonté et de paix.

Soeur Isabelle

 

La gestuelle, prière gestuée :

«Face à mon Dieu je sens mon corps impatient de le célébrer de toutes les manières possibles : «Tu m’as donné un corps...alors j’ai dit me voici » (Hé 10,5).

Comme j’imagine bien notre grande sœur Claire d’Assise célébrer son Seigneur par la danse, elle qui aimait parler d’élan et de course légère en évoquant le cheminement vers Dieu. Et François qui s’emparait de deux morceaux de bois pour jouer d’une viole imaginaire ... ! Je me souviens de cette sœur découvrant pour la première fois la gestuelle d’une très belle hymne de l’Avent et me disant combien cela avait été un temps fort de prière. 

«Voici le temps du long désir ...
Où l’homme apprend son indigence»

A l’opposé du registre de l’exultation, les gestes extrêmement lents et sobres expriment de façon saisissante l’attente de tout notre être habité par le désir. C’est vraiment la fragilité humaine tendue vers l’Emmanuel.
D’après St Augustin, chanter c’est prier deux fois. Et bien, gestuer une hymne ou la regarder, c’est ajouter une troisième dimension à la prière en permettant à nos corps de se joindre au concert intérieur au lieu d’en être comme parfois le perturbateur. Alors ? Qu’avec tout l’élan de notre amour nous réapprenions «à aimer, honorer, servir, louer et bénir, glorifier et célébrer, magnifier et remercier le Très Haut souverain Dieu éternel» avec tout ce que nous sommes y compris frère âne dégagé de ses pesanteurs.»

Soeur Maryvonne

 

 Nous vous proposons de découvrir sur la vidéo ci-dessous, l'une de nos gestuelles sur l'hymne du temps pascal "ô jour si plein de joie" réalisée à l'occasion du jubilé d'or de notre soeur Jeanne Emmanuel fin avril 2017.

 

 Les gestes dans la prière :

« Toutes nos attitudes communautaires et personnelles favorisent la rencontre du Seigneur. Celui qui est là, Il nous attend.
Quand nous entrons à la chapelle, notre marche signifie de suite si nous sommes déjà intériorisées ou bien si le travail que nous venons de quitter nous habite encore, si nous finissons d'ajuster nos vêtements, si nous arrivons à grandes enjambées, si nous sommes préoccupées par autre chose ou si nous allons joyeusement au rendez-vous du Seigneur, "quelle joie quand on m'a dit, allons à la maison du Seigneur" (Ps 121). Le fait d'en parler entre nous stimule notre attention.

Nous nous sommes aussi ré-interpellées sur les inclinations, les positions des mains (levées, tendues, ouvertes) si ces mouvements du corps ne sont que des habitudes ou pour faire comme tout le monde, c'est déjà ça! mais le sens réel, c'est l'accueil de la Parole de Dieu que nous écoutons, de la bénédiction que nous recevons, c'est la louange, l'action de grâce que nous manifestons ou le don de notre vie au Père.

Toutes ces attitudes disent notre engagement envers Celui qui est là au milieu de nous, et aussi envers la communauté avec laquelle nous vivons, ainsi qu'envers tous les baptisés et toute l'humanité avec qui nous sommes en communion. Le corps parle par lui-même. St François dit plusieurs fois à la fin des psaumes "Offrez vos corps et portez sa sainte croix". En marche, assises, debout, nous sommes là pour le Seigneur.»

Soeur Pierre-Marie

 

«Le juste, comme un palmier» :

C’est le verset 13 du psaume 91, c’est le titre et le sens de l’une des premières danses d’Israël apprises avec notre frère Michel Laloux, franciscain. C’est le début d’une belle aventure, d’une profonde expérience spirituelle, communautaire et fraternelle. Expérience pour la communauté, mais aussi pour frère Michel !

 

Sœur Marie Bénédicte : C’est l’expérience, toujours unique, de la rencontre : rencontre de la communauté avec la danse d’Israël à partir des psaumes ou d’autres textes bibliques. Nous entrons dans la prière de l’homme biblique en «entrant dans la danse», et en nous laissant faire par elle, nous laissant toucher au cœur et au corps de la prière, par la danse. Expérience très active : apprendre les pas de la danse, les mémoriser, sur le bon rythme, et toutes ensemble, un vrai travail, et une sacrée patience pour notre frère ! Expérience passive puisqu’il s’agit aussi «d’être apprise» par la danse, par le rythme, par le sens de chaque geste ... Comme la prière : nous la faisons, et elle nous fait !

Frère Michel : Expérience de la transmission : par l’apprentissage des danses à une communauté, à mes sœurs, je vis le partage de la prière, et une transmission dans la simplicité fraternelle, le sérieux et l’exigence, la joie et le rire. Je suis aussi témoin des transformations (ou transfigurations ?) qui s’opèrent : en s’appropriant la danse, le groupe approfondit sa manière de faire corps, de vivre ensemble, et la danse elle-même devient nouvelle, par l’interprétation de la communauté.

 

Sœur Marie Bénédicte : Oui, la danse nous donne de vivre une expérience fraternelle forte car elle est un des lieux où se construit le corps communautaire. Apprendre ensemble les danses nous permet de vivre, sur le mode joyeux, une forme d’obéissance où se vit quelque chose de la vérité de notre relation à l’autre. D’autre part, nous intégrons ce nouveau langage comme une expression de la fête dans notre communauté. Il n’est pas rare qu’un repas de grande fête ou d’accueil d’une sœur de passage s’achève par quelques danses d’Israël ! Les danses portent aussi notre prière, et nous essayons de les intégrer dans la liturgie. Ainsi, pour deux danses déjà, une sœur a composé un texte sur la musique, en consonance avec le chant original hébreu : une paraphrase du psaume 54, et un lucernaire pour les vigiles du dimanche.

Frère Michel : J’ai été très touché par cette intégration, où la danse d’Israël est profondément transformée de l’intérieur par la communauté qui se l’approprie en créant de nouvelles paroles, en assurant la mise en œuvre (chant et instruments). Vraiment accueillie dans la particularité de la communauté, par les sœurs qui la composent aujourd’hui, elle devient universelle dans le dépassement de la propre culture qui la fait naître.

 

Sœur Marie Bénédicte : Depuis longtemps la communauté s’exprime dans la liturgie par le «corporel» : de nombreux psaumes ou chants sont portés et priés avec une gestuelle, prière de toute la communauté par le geste de quelques-unes. La danse d’Israël est un peu différente dans son exigence : la nécessaire soumission à un rythme précis, qui touche aussi à l’obéissance. On ne peut pas tricher avec un rythme auquel tout le groupe est soumis ! Respect du rythme, et de l’autre, pas de place pour la ou les volontés propres, sortie de soi qui nous purifie de nous-mêmes !

 Danse d'Israël à la chapelle

Frère Michel : Par cet aspect, et beaucoup d’autres, la danse d’Israël est un beau symbole de la vie spirituelle ... et de la vie religieuse ! Dans l’apprentissage, il faut accepter de ne pas tout savoir tout de suite et de se tromper, consentir au temps nécessaire, et à l’erreur qui permet d’aller plus loin, sans se raidir ni se décourager. D’autre part, la danse, comme la vie spirituelle, engage la dimension corporelle, qui ne ment pas, et nous révèle notre vérité, personnelle et communautaire. Enfin, la danse d’Israël, et c’est une de ses vertus, nous situe avec justesse dans la verticalité et l’enracinement qui fondent toute humanité. Tenir l’exigence d’aller jusqu’au bout de chaque geste, de son intention et de son expressivité, cela engage notre liberté, celle de répondre de la vie et du bonheur d’exister. C’est un grand cadeau qui nous est fait !

Soeur Marie-Bénédicte et frère Michel

 

 Nous vous proposons de découvrir sur la vidéo ci-dessous, l'une des danses apprises par frère Michel à notre communauté. Le psaume 22, appelé Mizmorim, réalisé avec frère Michel Laloux à l'occasion du jubilé d'or de notre soeur Jeanne Emmanuel fin avril 2017.

 

 

lecture spirituelle 

 

La lecture spirituelle :

C’est un temps que nous prenons chaque jour. Nous avons besoin de témoins, de maîtres, de guides, d’enseignants, il nous faut nous donner à nous-mêmes, à notre cœur, à notre volonté, notre intelligence, notre affectivité, l’élan nécessaire pour poursuivre la route. Les auteurs spirituels, la «lectio divina» réorientent notre être, alimentent notre amour, dynamisent notre générosité.

 

 

 

Le silence : 

Le silence auquel nous invitent Claire et François est  un silence qui nous ouvre au dialogue avec Celui qui est présent au fond de notre cœur et qui murmure sa Parole. Ce Silence nous ouvre aussi à la communion avec le monde, avec nos sœurs, en qui nous écoutons Celui qui est présent et agissant.

 

le grand silence

 

Le grand silence :

Comme son nom l’indique, c’est un temps de « grand » silence le soir après la prière des Complies.

Ce temps est spécialement consacré à la prière, à la relecture de la journée, à la méditation de la Parole de Dieu (spécialement celle que l’Eglise propose à notre prière du lendemain).

 

 

 

« Routardes »

le . Publié dans C'est quoi notre vie ?

Une passion pour la vie des hommes : «Ecouter battre le cœur du monde».

 

Deux ou trois fois dans l'année, deux soeurs reçoivent mission pour partir cinq jours. Elles vivent une route de prière en communion avec les autres soeurs qui demeurent au monastère.

 

soeur Elisabeth et Jeanne-EmmanuelUne soeur de la communauté témoigne :

« Vous serez notre cœur itinérant… ». C’est cette phrase qui me motive pour vivre dans le monastère la Route de prière. Deux sœurs sortent à la rencontre des frères et des sœurs que le Seigneur met sur leur chemin, pour un temps d’accueil et de partage mutuels. Elles réactualisent pour moi, mais autrement, la démarche des « sœurs quêteuses » de jadis, partant à deux, dans la dépendance silencieuse, la prière, la reconnaissance respectueuse des dons de Dieu.

Sœur Jeanne Emmanuel  

 

Une soeur qui fait la route témoigne :

Interview de soeur Pierre-Marie pour la revue franciscaine "Évangile Aujourd'hui" (ÉA).

«pourquoi partir sur la route alors que tu es clarisse ? »


«Clarisses ... en marche : Nous avions eu vent de la démarche»
(c'est le cas de le dire) de sœur Pierre-Marie, clarisse de Cormontreuil. Nous l'avons interrogée : Sœur Pierre-Marie, pourquoi partir sur la route alors que vous êtes clarisse ?

départ d'une route de prièreSr. PIERRE-MARIE : C'est sûr, ce n'est pas parce que je suis clarisse que je prends la route mais je fais la route comme seule une clarisse peut la faire, parce qu'avant de partir, c'est la communauté qui envoie. Je devrais dire «nous» envoie car nous partons toujours à deux.

ÉA : Comment se passe cet envoi ?

Sr. P-M : C'est tout simple. Nous chantons les Laudes comme chaque matin; l'hymne et la Parole de Dieu peuvent avoir la couleur du moment que je vais vivre et, sitôt l'office terminé, avant de sortir de la chapelle, un petit mot d'envoi est dit par notre mère abbesse. Vient le temps de s'embrasser. J'aime penser à ce qu'écrivent Pierre et Paul : «Saluez-vous les uns les autres dans un baiser de charité» (1Pierre 5,14 ; Romains 16, 16 ; 1 Corinthiens 16,20) car je ne pars pas seule, ni même à deux mais c'est toute la communauté qui m'accompagne. J'insiste fort sur la place de la communauté dans cette démarche, car ce n'est ni une idée de ma part, ni un appel personnel que je fais vivre à ma communauté, ni parce que ça fait du bien de prendre l'air. Sur cette route, je me sens responsable de ma communauté par ma façon d'être et par mes paroles. Je suis autant clarisse sur la route que dans le monastère.

ÉA : Pouvez-vous retracer pour nous l'historique de cette démarche ?

Avant le départSr. P-M : Quand je suis entrée à Tinqueux en 1973, il y avait des sœurs qu'on appelait «quêteuses», elles étaient quatre. Chaque semaine, deux d'entre elles partaient dans les villes et villages du diocèse afin de quêter pour les nécessités de la communauté. Elles avaient un gros rayonnement auprès des familles qui les recevaient, les hébergeaient, les véhiculaient et j'étais toujours frappée par leur visage radieux quand elles revenaient le samedi et nous racontaient l'une ou l'autre rencontre ou anecdote. La société était encore assez rurale, la religieuse bien reconnue. Il y avait beaucoup de «bonnes gens» ou de «bonnes familles» comme disaient les sœurs, ce qui n'avait pas de connotation morale dans leur bouche. C'est vrai que ce langage m'agaçait un peu ! N'empêche que j'étais attirée par leur vécu et j'ai demandé à faire l'expérience de cette quête. Fin des années 70, je suis partie une fois au pays du champagne, une fois dans le rethélois et une fois dans la vallée de la Meuse. Quêtes bien différentes, mais au fur et à mesure, j'étais gênée de tendre la main pour le pain quotidien de la communauté. Un jour, dans un quartier neuf, nous avons essuyé des refus tout un après midi. Tandis que sœur Marie-Marthe disait merci à tous ceux qui nous fermaient la porte au nez, moi, je grommelais en moi-même car je sentais que cette façon de faire n'était plus d'actualité. Ce qui n'enlève rien à mon admiration pour l'esprit reconnaissant de ma sœur ! Je n'ai pas souvenir d'avoir dit un seul merci à ce moment-là ; j'étais bien loin de la joie parfaite de François !

 ÉA : Voulez-vous dire que la conjoncture avait changé ?

Bises avant le départSr. P-M : Oui, au début des années 80, la communauté a très vite compris qu'il fallait arrêter cette forme de démarche. Etant donné la situation économique des Ardennes, le «porte-à-porte» perdait de sa signification. Et puis les sœurs quêteuses commençaient à vieillir. Du coup, la quête s'est terminée et avec elle une certaine visibilité des clarisses à travers le diocèse et aussi cette forme de mendicité chère à Claire comme à François. Alors ce fut le temps de laisser reposer tout ce vécu pour qu'il renaisse autrement en temps voulu.

ÉA : Comment cela a-t-il repris ?


Sr. P-M :
En 1990, une jeune a rejoint la communauté avec ce désir en elle de retrouver concrètement la mendicité. Alors, après avoir mûri la question en communauté, on m'a demandé de l'accompagner. Entre-temps, nous avions fondé la communauté de Vermand et les sœurs envoyées étaient parties à pieds en souvenir de sœur Marie de Brayes envoyée par sainte Claire d'Assise à Reims en 1219. Elle aussi avait fait la route à pied !

La première route a dû se faire en 1991 ou 92. Nous étions envoyées pour faire comme un pèlerinage de Reims à Vermand. Les évêques de Reims et de Soissons étaient prévenus afin d'éviter toute ambiguïté. Il s'agit d'être bien au clair, c'est le cas de le dire !

ÉA : Comment concevez-vous votre mission ?

Départ de routeSr P-M : Notre mission est de marcher, de rencontrer les gens au fur et à mesure de nos besoins ou de ce qui se présente, de témoigner de notre vie de clarisses par la prière, la vie fraternelle, la simplicité dans les relations, la pauvreté dans les besoins, et d'apporter la paix du Christ.

ÉA : La marche ne vous fait pas peur ?

Sr. P-M : Non. Aujourd'hui je ne dirais plus la même chose, et c'est une bonne occasion de reconnaître que marcher se fait avec l'aide des autres, en demandant des pansements pour les cloques, des bains d'eau salée ... Et cela provoque des rencontres extraordinaires. Je me souviens d'une pauvre petite maison en début de village, il y avait une tripotée d'enfants. Quand j'ai demandé des pansements pour nos ampoules, le rassemblement des petites têtes autour de nos pieds s'est vite fait ! C'était à qui nous mettrait un pansement, car les enfants savent bien ce que c'est que d'avoir des pansements et combien ça soulage. La marche m'apprend qu'il faut se laisser soulager pour : pouvoir continuer la route, comme un petit enfant, sans tout savoir de quoi sera fait l'instant suivant. Certes, il n'y a pas eu d'annonce verbale de jésus Ressuscité, mais l'amour de Dieu était là car c'est bien en son Nom que nous étions réunis.

ÉA : Parlez-nous de la marche ...

sac et chaussuresSr. P-M : La marche, c'est comme la musique, il y a les pauses. Quand j'entends la cloche d'un village sonner l'Angélus, j'arrête et m'unis à elle. Quand j'arrive au sommet d'un mont, comment ne pas s'émerveiller et chanter les louanges du Créateur. Marcher en silence, l'une derrière l'autre, j'en éprouve toujours quelque chose de bon, c'est difficile à expliquer. Deux instruments bien accordés, quel bonheur de les entendre et quel bonheur de jouer ensemble. En marche, c'est un peu pareil. Si je suis devant, je m'assure de temps à autre que l'autre est toujours derrière ; si je suis derrière, je me mets à son rythme. Pour avoir eu plusieurs sœurs avec qui aller, je me rends compte combien les rythmes sont différents et ça me rappelle que nous sommes tous uniques et que la vie apprend à nous ajuster sans cesse. Et puis marcher à la même cadence, c'est l'apprentissage de la vie fraternelle.

ÉA : Comment vivez-vous le temps ?

Sr. P-M : La marche parle aussi du temps. Celui qui marche a le temps, c'est évident ! Le temps de courir pour rejoindre une voiture qui s'arrête, le temps de s'arrêter pour parler avec ceux que nous croisons, le temps de marcher lentement pour profiter dé la beauté qui enveloppe, le temps d'aller d'un bon pas pour se réchauffer après une nuit passée dans une voiture au milieu d'un hangar malheureusement sans paille! le temps pour péleriner simplement.

ÉA : Comment réagissent les gens ?


Sr. P-M :
Quand on marche, on se fait repérer. Ce n'est quand même plus très courant aujourd'hui de voir des gens déambuler sur des routes de campagne et en plus deux bonnes sœurs. Entre parenthèses, un jour dans un village, alors que nous étions passées devant une sortie d'école, on entend : «C'est des bonnes sœurs !!?» Je me suis juste retournée en leur disant d'une voix pas trop grave : Eh oui !

Comme nous n'allons pas vite, ceux qui nous croisent en allant faire leurs courses, nous dépassent en rentrant chez eux et nous recroisent et ... s'arrêtent pour nous demander ce que nous faisons. Eh oui, la marche, ça pose question ! Oh, ce n'est pas le moment d'un grand développement théologique mais pratiquement toujours un moment d'écoute pour accueillir une détresse, une intention de prière, une question sur notre monde ou sur l'Église. La rencontre se termine souvent par «C'est bien ce que vous faites».

ÉA : N'est-ce pas aussi une épreuve ?

Pierre MarieSr. P-M : Certes. Marcher par tous les temps, c'est une épreuve. Je peux dire que je sais ce qu'est être mouillée jusqu'aux os. Et pour sécher, on y arrive toujours. Ca m'a souvent permis d'être témoin d'une très grande sollicitude de la part de bien des personnes qui voulaient faire sécher nos vêtements. Souvent, ils se mettent en quatre, jusqu'à nous prêter leurs chaussons, allumer le feu dans la cheminée, nous offrir une bonne tarte qu'une mamie venait de faire pour ses petits enfants qui allaient arriver, etc. Alors monte en moi une grande prière de bénédiction afin que le Seigneur envoie une «pluie» de grâces sur chacun. Mais il faut dire aussi que ce qui me sèche le mieux, c'est frère soleil et frère vent et dans la joie, je loue le Seigneur comme aimait à le faire saint François.

ÉA : Que pouffiez-vous dire de cette expérience spirituelle ?

Sr. P-M : Marcher, c'est aussi faire l'expérience d'être conduite par l'Esprit. 17 h 00, c'est l'heure à laquelle nous commençons à nous inquiéter du logement. Nous sommes envoyées un soir à la salle des fêtes. Elle était froide dans tous les sens du terme. Et je ne sais pas pourquoi, je me disais, nous allons vivre un moment fort. Juste en face, il y avait un vieux petit lotissement, une femme est sortie de l'autre côté de la rue avec une bassine de linge. Nous sommes allées vers elle et nous lui avons demandé si elle pouvait nous donner du pain. Elle nous a donné du pain, du chocolat et deux yaourts et nous a dit : «Je reviendrai vous voir mais je dois aller faire laver mon linge chez une amie». Très vite, elle est revenue. Pendant ce temps nous lui avions préparé une place à notre table et elle a apporté une soupe bien chaude et tout ce qu'il faut pour le lendemain matin. Et c'est alors qu'elle nous a raconté son histoire. Tout ce qu'elle avait subi : viol, incendie, suicide de son mari, rejetée par les siens ... Au bout du compte, elle nous dit qu'elle a toujours repris goût à la vie. Quand je repense à Anne-Marie, je n'ai pas envie de faire des retours sur moi, me vient aussi le passage d'Apocalypse 3 : «je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi». Anne-Marie ne sait peut-être pas que le Seigneur se fait proche d'elle, mais Lui, le Seigneur, sait bien qu'il peut souper avec elle.

ÉA : Vous avez sûrement beaucoup d'anecdotes à raconter ?

récit au retour de la routeSr. P-M : Un soir, nous entrons dans une église pour chanter les Vêpres : pour une fois elle était ouverte. J'étais en train de remettre mon sac à dos quand la porte s'ouvre, une femme entre. Surprise de nous voir, elle nous dit : «Comment êtes-vous entrées ?» - «Par la porte». Et voilà qu'elle regarde un peu partout jusque dans la sacristie pour voir si rien n'a disparu ! Vous imaginez ma tête! Puis elle se ravise un peu, nous sortons de l'église, expliquant le pourquoi de notre présence. Elle s'arrête au milieu du petit cimetière qui entoure l'église et nous dit. «Là, il y a mon mari et là ma fille et là mes parents». Et elle commence à nous raconter sa vie ... Puis, d'un seul coup, elle demande : «Où couchez vous ce soir ?» - «On ne sait pas» - «Eh bien, venez chez moi !». La soirée a été longue chez Thérèse. Que de souffrances, mais quelle foi ; et ce ne fut pas facile pour elle de nous laisser partir le lendemain matin. Seigneur, la vie est tout de même dure pour certains, la solitude pèse lourd. Prends pitié de tous ceux qui souffrent. Je me sens bien petite dans ces situations et je n'ai qu'une chose à faire, les remettre entre tes mains.

ÉA : La rencontre ne doit pas être évidente !

Sr. P-M : Un bon moyen pour rencontrer les gens simplement, c'est de demander la clé de l'église, ou un verre d'eau. Nous essayons toujours de choisir des habitations qui nous semblent modestes ou pauvres car un verre d'eau, ça ne se refuse pas. C'était une belle après-midi : nous frappons à une porte et c'est une vieille petite grand-mère qui nous répond et nous commençons à tailler un brin de causette avec elle sur le pas de la porte. Je sentais bien que sur le trottoir d'en face, il y avait une certaine agitation, mais peu importe, c'était le moment d'être totalement à l'écoute de cette petite dame. Avant de la quitter, je lui demande son nom afin de pouvoir l'inscrire dans mon petit carnet de bord. Du coup, elle nous dit d'entrer, ça sera plus facile pour écrire. Nous étions à peine dans la cuisine que la porte a brutalement claqué, un homme est apparu fou de rage et a commencé à nous engueuler et à nous menacer parce qu'on profitait de cette personne et qu'on venait la voler et ... pour ma part j'étais prête à partir, pensant qu'il ne fallait pas s'énerver, mais l'Esprit a inspiré à ma sœur cette petite phrase : «Vous avez bien raison, Monsieur, de veiller sur votre voisine d'en face, vous êtes vraiment un bon voisin». Le pauvre homme a été complètement désarçonné et nous avons pu expliquer calmement notre démarche : Alors il a commencé à nous raconter qu'il jouait de l'harmonium à l'église, qu'un jour il avait dû arrêter car il avait été hospitalisé longuement mais qu'aucun des paroissiens n'était venu le voir. Du coup, il avait tout arrêté. Notre conversation s'est poursuivie dans la paix et nous avons terminé en chantant des cantiques.

ÉA : Dans vos rencontres, n'êtes-vous pas confrontées à des jugements sur l'Église ?

récit au retour de la routeSr. P-M : Oui, souvent. Je me souviens d'un soir. Nous sommes arrivées dans un tout petit village. Personne ne nous a accueillies pour la nuit et je crois ne pas me tromper en disant que nous avons frappé à toutes les portes sauf une, un fermier qui était en vacances, et que nous disaient les gens sur cet homme ? «Le gros richard vous aurait accueillies, c'est le plus chrétien de nous, mais c'est aussi le plus radin !» Pour moi qui suis fille de cultivateur, je ne peux pas dire que j'ai écouté cela de gaieté de cœur, et pourtant il y a des vérités qu'il faut savoir entendre. Je me sentais à la fois solidaire de ce monde de nantis et aussi de ceux qui sont rejetés. Ou encore une autre réflexion pénible : Je demandais du pain un midi et la personne me dit froidement : «Je suis chrétien et je vais à la messe tous les dimanches, mais je ne suis pas d'accord avec ce que vous faites» et il a fermé la porte. Pas de dialogue possible. Devant ces deux genres de réactions, je continue la route avec beaucoup de modestie, sans perdre confiance ni espérance, mais en communion avec tous ceux qui passent par ce genre de situations et surtout avec Celui qui a vaincu toute forme d'adversité en gardant la Paix.

ÉA : Comment restez-vous clarisse dans cette démarche ?

Sr. P-M : La mission d'une clarisse, c'est avant tout la prière. J'aime beaucoup prier dans les églises parce que le Seigneur m'y attend. Vous connaissez ce passage de l'Évangile de Luc 17,7 et suivants : «Le maître dit à son serviteur qui revient des champs `Prépare-moi à dîner, ceins-toi pour me servir ... après quoi tu mangeras' ... Nous sommes de pauvres serviteurs, nous n'avons fait que notre devoir».

Prière devant la CroixComme c'est important de faire mon service, ce pourquoi je me suis engagée lorsque j'ai fait mes vœux : dire la prière de l'Église. Prendre du temps pour m'arrêter longuement, entrer dans presque toutes les églises. J'ai comme l'impression d'y trouver mes racines, de faire partie d'un peuple, d'une foule immense qui a déjà fini sa route et que je rejoins un peu plus à chaque pas. Je goûte aussi la joie de chanter dans ces églises, chanter la Prière des Heures là où il n'y a pratiquement plus de messe. Quelle belle mission ! Et comme je voudrais que les chrétiens des villages recommencent à faire vibrer ces pierres, qu'ils y trouvent un réel «bonheur en Dieu» et qu'ils Lui rendent gloire. Je pense que cela rejoint complètement le désir de nos évêques en ces temps nouveaux. J'ai d'ailleurs le cœur plein de reconnaissance pour une personne qui nous a conduites d'elle-même dans son église et avec qui nous avons prié avec ses mots bien à elle. D'autres fois, nous demandons aux personnes qui nous ouvrent l'église si elles veulent prier avec nous. Je peux dire qu'elles chantent de tout leur cœur. Ou encore ces deux dames qui étaient pressées et qui spontanément sont rentrées avec nous pour chanter les Laudes, ce qui les a mises une demi-heure en retard à leur rendez-vous ! Mais quel heureux retard, disaient leur sourire et leur merci. Assez souvent, il nous arrive aussi de proposer de dire les Complies avec les personnes chez qui nous dormons. En général, ça se termine par «ça fait du bien». Ce n'est pas inscrit au bréviaire mais dans un cœur de chair !

ÉA : Comment vous sentez-vous en continuité avec François dans cette mission ?

Sr. P-M : J'ai eu longtemps des problèmes avec le souhait de François : «Paix à cette maison». Facile à penser, pas facile à dire. Et c'est lors de ma dernière route que j'ai fait vraiment l'expérience de la grandeur de ce souhait. Et pour ça, je dis un grand merci à la sœur qui m'a accompagnée et m'a vraiment aidée dans ce sens.

Pas facile de dire verbalement et en le pensant «Paix à cette maison» avant de frapper à une porte qui a sa fenêtre ouverte, ou dont le chien n'est pas d'un accueil exaltant. Pas facile de prononcer ce mot de paix, après des confidences qui bousculent ou révoltent ; et même quand tout va pour le mieux, il m'est arrivé d'oublier de dire «paix à cette maison». Et voilà qu'à la dernière route de prière, ma sœur, Sabine, pour ne pas la nommer, avait systématiquement un souhait de paix qui sortait de ses lèvres, alors il fallait voir la tête des personnes, ils la relevaient s'ils étaient abattus, ils souriaient largement pour mieux accueillir cette paix ; ils se taisaient, avaient la larme à l'œil quand la solitude pèse lourd ou bien ils nous serraient pour nous embrasser ...

Bref, si vous y croyez, n'hésitez pas à dire «Paix à cette maison» et s'il s'y trouve un enfant de paix, votre paix ira reposer sur lui.

Et oui, j'aime faire la route! Mais je crois que j'aime encore plus revenir au milieu de mes sœurs. Elles ont préparé la fête pour accueillir tous ceux que nous avons ramenés des chemins et des carrefours afin que notre prière en soit toute remplie.» Interview réalisée par la revue franciscaine «Evangile Aujourd’hui».

 

«Sainte Claire invite ses sœurs à être, «pèlerines et étrangères» sur cette terre, elle me redit ainsi que je ne suis que de passage, je me dirige vers Celui que mon cœur aime, «sans achopper aux pierres du chemin», sans m’arrêter à ce qui pourrait alourdir mon élan. Jour après jour, me mettre en marche. Commencer. Que la nuit est été bonne ou non. Que la Parole de Dieu me réjouisse, ou tombe à pic pour ma voisine qui me dérange. Que le petit déjeuner soit chaud ou qu’il n’y est pas assez de lait. Que le programme de la journée soit prometteur ou qu’il soit perturbé dès l’aube. Que le soleil brille ou que la pluie tombe ... il faut se lever et marcher résolument, prendre la route qui est la mienne, celle où le Seigneur m’entraîne, celle où des sœurs et des frères me précèdent et m’attendent. Pèlerine, je ne sais pas de quoi demain sera fait, mais je sais que demain m’emmènera plus loin.  Aujourd’hui je me donne à fond dans un travail. Peut-être qu’un jour pour les besoins de la communauté, il me sera demandé un tout autre service ... je trouve que c’est bien ainsi, car je peux faire mon affaire, m’installer dans un travail qui me plaît et oublier le but qui est d’aimer et de me donner par amour. Par tout, pour tout, en tout je peux trouver celui qui est «le chemin, la vérité, la vie» (...), Lui qui s’est fait pèlerin sur ma route, si à travers tout, par tout et en tout je reste en mouvement. Oui aller de départ en départ ! Je ne suis pas seule à être pèlerine en quête de bonheur, nous sommes un peuple de pèlerins. Accepter dans la vie communautaire d’avoir besoin des autres, demander de l’aide pour poursuivre la route, n’emporter avec moi que le nécessaire :

- car les charges supplémentaires font traîner le pas, créant de la préoccupation, du souci, alors que la grâce m’est donnée pour ce que j’ai à porter.

- parce que d’autres peuvent en avoir besoin pour leur propre route. Parfois je peux avoir l’impression que cela irait plus vite si je faisais les choses moi-même, mais l’autre comment construirait-il sa vie, comment avancerait-il (elle) joyeusement sur sa route ?

Il y a aussi les besoins matériels : comment je m’en sers ? en propriétaire ? à ma guise ? à ma merci ? ou bien est-ce que je prends pour aujourd’hui, à ce moment, ce qui m’est nécessaire ? Tourner un robinet, appuyer sur un bouton, très facile pour avoir de l’eau, de l’électricité, je veux faire attention à leur utilisation, ce sont des biens donnés à tous et beaucoup en manquent. Parfois  pèlerine je dois expérimenter le manque pour connaître la valeur des choses, pour entendre St Paul me dire : «Qu’as-tu que tu n’es reçu ?».

Pèlerine, je m’arrête, pour faire mémoire du pourquoi, pour qui, cette mise en route ; pour revenir à la source, y boire, prendre du temps pour lire la Parole de Dieu, pour m’en imprégner, m’en nourrir. Temps de halte aussi pour le partage avec d’autres, partage d’expérience, de conseils, d’autres qui connaissent mieux le terrain sur lequel je peux hésiter à avancer. M’asseoir pour mieux être en mouvement, pour enraciner ma marche, sur cette terre qui est sainte.

Temps de halte pour rendre grâce du chemin parcouru. Pour me souvenir du verre d’eau reçu, de la difficulté dépassée par la main tendue devant l’obstacle. Temps de halte pour entendre la source chantée en mon cœur :

«Avance à la rencontre de ta joie.», «Marche humblement avec ton Dieu.» »

 les aurevoirs

 

 

 

 

Cloîtrées : en dehors du monde ?

le . Publié dans C'est quoi notre vie ?

«Une passion pour la vie des hommes»

Maryvonne relevant le courriel

L’attention à la vie des hommes et des femmes :

Chacune des sœurs porte en elle une réalité du monde, en communion avec toutes les souffrances et toutes les joies. Les visages et les situations qui nous habitent sont par toute notre vie offerts, au Seigneur.

 
 
Soeur Jeanne Emmanuel

Pourquoi j'ai choisi cette vie ?

«Rien de ce qui est humain ne laisse les chrétiens indifférents»...(d'après le concile Vatican II)"Ma vie nul ne la prend, mais c'est Moi qui la donne" (Jn 10,18). Ces paroles de Jésus avant sa Passion expriment bien le choix libre que j'ai fait à 23 ans : rejoindre des femmes qui, avant moi et comme moi, ont été discernées par le Christ pour une mission de PRIERE au sein de l'Eglise et en solidarité avec toute l'humanité souffrante. La foi est donc à la base de ce choix de vie en retrait.  La Forme de cette vie, c'est le Christ. Tout le reste, notamment le "conditionnement", la "structure", l'organisation, est au service de la relation avec la Personne vivante qu'est Dieu, révélé en Jésus Christ.

J'ai fait aussi le choix conscient d'une vie avec d'autres, motivées par le même amour, et cette réalité fraternelle, je la vis depuis quarante-cinq ans déjà.

Tout amour authentique a besoin d'un lieu spécifique pour se déployer, s'épanouir, grandir en qualité. Mon lieu, c'est un Monastère. Pour moi, ce fut une décision radicale, parce qu'elle fut le fruit d'une rencontre  unique, incontournable, une réponse à un appel intérieur impérieux semé en moi depuis très longtemps déjà. Je suis entrée dans une voie  évangélique ouverte depuis des siècles, un chemin d'alliance que la Bible me dévoilera au fil des ans. La prière est dilatante. C'est la respiration de mon être humain avec Dieu, un Dieu qui  me parle : que je souffre, que je pleure, que je rie, que je chante et loue. Rien de ce qui est humain ne le laisse indifférent.

Le cri des Psaumes est la prière la plus humaine qui soit. Jésus Lui-même les a pris à son compte. Je suis moi-même un psaume, unique, toujours en mouvement, en devenir, complémentaire de ce psaume vivant que sont les autres humains dans leur réel : psaumes de louange,  d'intercession, de supplication, de détresse, de déréliction, d'action de grâce ... Sainte-Claire nous dit être "auxiliatrices des membres abattus du Corps du Christ". Découvrir ma place unique dans l'univers créé et l'univers des humains a été dilatant, source de joie. Oui, ma vie a un SENS.

"Qui donne sa vie pour les siens, les aime d'un plus grand amour"

J'ai dû apprendre au fil du temps à m'ajuster à ce "don de moi-même" dans sa  radicalité positive, inscrit dans l'appel initial. J'ai dû apprendre à m'adapter aussi au réel de mes sœurs, et j'ai encore à le faire ! Dans la durée et 24 h sur 24. Sainte Claire nous conseille de revenir sans cesse à notre "commencement", justement pour vivre en ouverture à cet Amour premier, et non dans l'ENFERMEMENT que la vie nous offre sans cesse, elle aussi. Sainte Claire me dit encore : "ne recule jamais". Notre Forme de Vie Clarisse n'est possible que si je consens à ce combat spirituel. Et il a bien lieu ! Oui, il y a eu des passages douloureux, des doutes, des remise en cause, de la fatigue spirituelle, des ratés relationnels, la tentation de partir ... mais, dit  le psaume 138 : "où irais-je loin de ton souffle ? où fuirais-je loin de ta face ?". Chaque fois la Force de l'Esprit Saint a été victorieuse en me rappelant pourquoi, pour Qui, en vue de quoi, en vue de QUI j'avais osé tout quitter ... et surtout, elle m'a ouvert les yeux sur le sens et la nature de ces obstacles, en changeant mon regard, et m'en faisant reconnaître en moi la source.

Ce travail de conversion est une de mes plus grandes joies, car faire la vérité sur soi est un chemin vers la liberté, la paix, la communion avec les autres, une joyeuse pauvreté.

"Oui, j'ai demandé au Seigneur une chose, la seule que je cherche : habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie" (psaume 26) En prenant conscience de la Présence de Dieu, une clairière s était ouverte au-dedans de moi.

"La chambre haute est remplie de lumière. Jésus-Christ au milieu des Apôtres nous parle du Père. Sa voix nous conduit au seuil du Royaume" (hymne du Jeudi Saint) Tout un équilibre se met en place en moi dans l'écoute de cette Parole vivante. Rien ne peut me soustraire à cette liberté intérieure favorisée par le silence qui, pour moi, est le conditionnement ultime et le plus juste de l'accueil de cette Parole.

"Qui me séparera de l'amour du Christ ? la détresse ? L'angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le supplice ? ... ni la mort, ni la vie, ni le présent, ni l'avenir ... rien ne pourra me séparer de l'amour de Dieu qui est en Jésus-Christ notre Seigneur" (St Paul aux Romains 8, ...)  "Pour Toi, quand tu veux prier, entre dans ta chambre LA PLUS RETIREE, VERROUILLE ta porte et adresse ta prière à ton Père qui est là dans le secret. Et ton Père qui voit dans le secret te le revaudra" (Matthieu 6,6) ».Soeur Jeanne Emmanuel

 

La prière d’intercession :

«De toute la force de notre foi pour nos frères en détresse,  à bout de forces, écrasés par l’injustice, désespérés ...»

«Il faut se tenir prêts, être vigilants. Nous savons combien tous nos sens, toutes nos ressources peuvent se mobiliser pour la réalisation de quelque chose. De même, tout en nous doit tendre vers cette heure du Royaume quand une terre nouvelle adviendra où il n’y aura plus ni pleurs, ni cris, ni souffrance, ni mort. Il nous faut appeler cette heure de toute la force de notre foi pour tous nos frères en détresse, à bout de forces, écrasés par l’injustice, désespérés : souviens-toi de nous Seigneur quand tu viendras dans ton Royaume. Ste Claire initie notre contemplation du Fils du Très Haut, promesse de gloire éternelle et de vie bienheureuse, Maître du festin du Royaume, Agneau sans tâche à qui est adressé le cantique nouveau (4ème lettre). Il ne cesse de nous donner rendez-vous au cœur de notre cœur : suis-je assez en silence intérieur pour percevoir son attente, sa prière, son désir d’Amour ? Il frappe à notre porte par des chemins familiers, simples, proches : une sœur croisée, un service demandé, une lettre reçue, une intention de prière. Le laisserons-nous sans réponse ? C’est cela être pèlerin de Paix : se quitter, quitter ses lieux de guerre, de conflits, et ouvrir des mains désarmées en marchant vers l’autre.» Soeur Elisabeth

 

La prière pour la paix :

«Veilleur où en est la nuit ?» 

Il faudrait énumérer ici tout ce qui se raconte rarement : le quotidien tout simple, combat incessant pour que croisse en nous et rejaillisse sur le monde l’amour, la réconciliation, la vie de Dieu, enfouissement silencieux dans le mystère de Dieu pour que sa Parole prenne corps ...

«Veilleur, où en est la nuit ?» Fasse le Seigneur que nous puissions toujours répondre : «Je tiendrai bon à mon poste de garde, je resterai debout ...»

Nous vivons chaque mois l’heure de prière pour la paix unis à tous ceux qui ce soir-là prient pour la paix, avec nous ou chez eux, et aux diverses équipes qui acceptent d’animer une veillée : «Veille et prie sans cesse» (lettre de Ste Claire)

 

 Retour sur quelques unes de nos propositions  :

 

36 heures

Témoignage des 36 heures en 2012

«Tu as du prix à mes yeux et je t’aime !» Isaïe 43

Tel était le thème de ce week-end de novembre que nous avions proposé à tous ceux voulant vivre un temps de fraternité, de prière et de découverte de la spiritualité franciscaine.

Le résultat fut très bon : environ 25 participants, une dizaine de sœurs qui tour à tour ont partagé talents et animations. Et les oeuvres finales : broderies, créations en collage papier, gestuelle, disaient la joie, la confiance, l’espérance renforcées !

Chacun a reçu des autres un vrai message d’amour du Seigneur pour poursuivre la route !! Rendez-vous l’an prochain ...

 

Journées  Portes ouvertes :

Portes Ouvertes hosties«Nous proposons de temps en temps, aux groupes de KT qui le souhaitent, une porte ouverte à 'atelier de fabrication des hosties. Ados et enfants, avec leurs accompagnateurs, se succèdent toute la journée.

Que découvrent-ils ? Pour en savoir plus  ... L'essentiel, sans doute. Certains messages (qu'ils peuvent inscrire sur un cahier après la visite), nous l'ont dit très fort :

"hommage à Jésus"

Découverte que le Christ est le cœur de notre vie et qu'il est bon de se donner à Lui, Lui qui se donne à nous tout entier.

"que les sœurs même si elle son lente, elle font les osties par amour."

Découverte que ce qui donne de la valeur au travail, ce n'est ni l'efficacité, ni la rentabilité mais l'Amour qu'on y met dedans.

"l'osties n'est rien sans communauté."

Découverte de la vie fraternelle. C'est toutes ensemble que nous réalisons ce travail. De la plus âgée à la plus jeune, chacune a sa place unique.

Et nous, que découvrons-nous ?.

Le regard neuf des enfants nous renouvelle. A cause du côté répétitif, le travail peut prendre des allures de routine, un peu pesantes, parfois ! Nous reprenons conscience de la grâce de ce travail. Des enfants nous l'ont rappelé :

"Sait très interesant de faire se travail."

"Merci de nous avoir montré votre travaille extraordinaire."

"La fabrique d'osti est vraiment passionante !"

Chacune, le cœur rempli de tous ces visages d'enfants et de jeunes, et  goûte le bonheur de célébrer l'Eucharistie, quotidiennement. "Oui, il est grand le mystère de la Foi."  (sœurs Pascale et Claire Agnès).soeur Pascale au ménage hostiessoeur Claire-Agnès

 

Pour le programme complet de nos propositions, voir le menu "nos propositions".